Citations marquantes

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Yelti
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Re: Citations marquantes

Message par Yelti »

personne a écrit :"Il nous manque la faculté créatrice pour imaginer ce que nous savons; il nous manque l'élan de générosité pour réaliser ce que nous imaginons; il nous manque la poésie de la vie: nos calculs ont dépassé la conception; nous avons mangé plus que nous ne pouvons digérer."

"La poésie éveille et élargit l'esprit lui-même en en faisant le siège de mille combinaisons nouvelles de pensées."

"Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde."

Percy Bysshe Shelley.
Le poète en critique de l’économie politique

Reconnu comme l’un des plus grands romantiques anglais de la deuxième génération, Percy Shelley ne fut pas seulement un poète, mais aussi un radical de son temps, un chantre de l’égalité sociale viscéralement opposé à la tyrannie et l’oppression. A la fin de sa vie, il a aussi rédigé un texte important qui constitue un véritable traité de critique de l’économie politique menée les moyens de la poésie.
Son petit essai se termine par la célèbre formule :
« Les poètes sont les législateurs secrets du monde. »
Il faut ici comprendre législateurs dans le sens d’édificateurs, de bâtisseurs, de créateurs et secrets dans celui de cachés, clandestins. L’essai de Shelley est fondamental parce qu’il désigne la nouvelle croyance (l’économie politique aussi appelée raison instrumentale ou calcul égoïste) au moment où celle-ci commence à s’emparer du monde et à prendre possession de l’esprit des hommes.
La première partie de l’essai est consacrée à la défense des poètes à travers l’histoire. Son intérêt réside dans le fait que Shelley avance sur les traces d’un autre poète, Philip Sidney, qui a lui-même dû défendre la poésie comme forme de connaissance sensible du monde à la Renaissance contre la morale et la religion de l’époque. Athée déclaré (il sera même exclu d’Oxford pour cette raison), Shelley entend en 1822 lutter contre cette nouvelle religion ou sorcellerie que constitue l’« économisme » et qui prétend régner sans partage.
Ce que Shelley reproche aux raisonneurs entichés d’économie politique – c’est la démesure. À force d’accumulation de quantités et d’élargissement du monde extérieur, le continent du sensible, qui ne peut suivre, s’assèche inexorablement. La pensée superficielle, la raison instrumentale qui s’en tient à la surface des choses, n’en finit pas de s’étendre, mais c’est au détriment toutefois de la pensée de la profondeur, de la poésie. Le monde se réduit toujours un peu plus sous l’emprise de la raison instrumentale, alors que ce dernier apparaissait infiniment riche de sa multiplicité et de sa complexité à travers l’esprit poétique.

Les intérêts contre la passion

La Défense de la poésie de Shelley est une réponse à un livre de Th. Love Peacock, un partisan ardent du rationalisme. Il condamne le poète comme barbare archaïque incapable d’épouser la cause de la raison et du progrès. Les arguments de Peacock pour régler son compte à la poésie sont intéressants parce que typiques de la « bien-pensance » bourgeoise. Il reproche en effet aux poètes d’être guidés par les passions. En réalité, on peut lire ici une opposition ordinaire de l’existence, et la poésie qui charrie les passions torrentielles. Au XIXe siècle, rien n’effraie plus la bourgeoisie que les passions semeuses de troubles. L’économie politique apparaît alors comme l’instrument intellectuel à même de donner une assise pseudo-rationnelle aux intérêts particuliers, la poésie étant au contraire empreinte de fraternité universelle.
La poésie moderne est rebelle et irréductible à l’ordre établi parce que, tout en étant partie prenante de la modernité, elle lui rappelle néanmoins, par son existence même, les promesses originelles qu’elle n’a pas tenues. D’où l’impression que la poésie nous parle d’ici, tout en se situant dans un ailleurs qui est aussi une sorte de nulle part.

Le progrès, l’ordre et le chaos

La grande méfiance de la bourgeoise pour la poésie au XIXe siècle tient à la nouvelle place qu’elle occupe dans la société et à ses croyances sociales et politiques, à la nécessité à laquelle elle est confrontée : asseoir son ordre social de manière définitive. Obnubilée par la maîtrise des forces sociales, elle rejette les passions, difficiles à canaliser par définition, qu’elle assimile à la figure du barbare intérieur, autrement dit du prolétaire moderne qu’il faut encore soumettre aux nouvelles formes d’exploitation. Aux bourgeois donc la raison et l’entendement ; aux prolétaires les passions qui nuisent au progrès et semblent même contester ses bienfaits. Or la poésie, fille du chaos, est négation de l’ordre. À travers le déploiement d’un autre rapport au temps, la mise en évidence d’analogies insoupçonnés et le recours à l’ironie, elle dévoile non seulement des parties enfouies ou cachées du monde et revisite le réel, mais elle recrée aussi en continu le « donné » ; elle nous montre un arrière-pays qui constitue le monde dans sa profondeur et multiplie les perspectives. Si l’économie est l’empire de l’or en toc, la poésie est alors toute la richesse du monde. Il suffit de lire des poèmes surréalistes pour sentir à quel point la poésie est un violent chaos qui incite à ne pas se contenter d’action mais à se situer en avant de celle-ci pour reprendre l’expression rimbaldienne, en un élan qui nous arrache à la routine de la vie quotidienne.
On comprendra mieux aussi le combat des surréalistes contre la raison instrumentale, la faculté calculatrice, au nom de l’esprit, l’imagination créatrice. Il est vrai qu’après la Première Guerre mondiale, le règne de la bourgeoisie apparaît moins comme celui du bonheur que comme une marche sanglante et absurde vers toujours plus d’atrocités.

Experimentum mundi

Shelley note dans son essai que si les poètes sont en mesure de « dire le monde » dans sa profondeur, c’est parce qu’ils sont capables de vivre les choses intensément, avec une grande sensibilité. Gaston Bachelard fait la même remarque et l’exprime en une formule qui brille par son évidence :
« ... la réalité ne peut être vraiment constituée aux yeux des hommes que lorsque l’activité humaine est suffisamment offensive, et intelligemment offensive.»
C’est la raison pour laquelle la réalité se dévoile pleinement quand nous nous attaquons au monde tel qu’il est et qu’il devient comme tel enjeu.
Sur le plan politique, c’est en effet quand le peuple affronte le pouvoir pour de bon qu’il apparaît vraiment dans sa vérité nue, sa grande brutalité, sa fonction oppressive. Mais l’expérience poétique trouve son origine dans la contemplation. Aussi la poésie et la pratique politique au sens habituel semblent quasiment inconciliables dans le même temps, un peu comme si l’action rendait impossible la contemplation qui appartient au monde de la lenteur, les instants de poésie advenant quant à eux comme par inadvertance et en nous prenant par surprise dans les périodes de grande disponibilité, de présence à soi et au monde. Et pourtant une action politique qui ne s’appuie sur aucune expérience ne peut guère être opératoire et finit immanquablement par se perdre en chemin faute de but. René Char a bien été un poète en armes, mais il n’a jamais prétendu servir directement d’exemple ou inscrire la Résistance dans une tradition politique précise. C’est de cette façon qu’il est possible du moins de comprendre son énigmatique aphorisme : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. » L’acte de Résistance tient moins d’une tradition quelconque que d’une rupture ave l’ordre culturel et politique qui a mis le poète dans l’obligation de prendre les armes.
Mais comment faire encore l’expérience du monde à une époque qui est en passe d’abolir le temps ? La voix du poète sonne ici comme un avertissement :

Tout ce qui est vitesse
Ne sera que déjà passé ;
Car c’est ce qui séjourne
Qui seul nous initie.

Ce que signifie sacrifier les poètes

S’il fallait définir un moment où l’opposition entre la poésie et la raison politique atteint un degré critique, un détour par la révolution russe de 1917 serait inévitable. Pour les politiques, les bolcheviks au premier chef, la révolution est un bouleversement du mode de production. Mais pour les poètes révolutionnaires, elle ne peut pas être seulement cela tant il s’agit pour eux d’une catastrophe cosmique qui me t en question le monde dans ses dimensions multiples. C’est particulièrement net chez un poète de l’envergure de Vladimir Maïakovski qui avance à pleine vois dans les vastes horizons de la révolution en mettant en branle tout l’univers. Pour les surréalistes les plus radicaux, un Antonin Artaud par exemple, une révolution n’est est pas une si elle n’a pas pour enjeu la civilisation elle-même, autrement dit les hommes dans leurs relations les uns aux autres et dans leurs rapports à leur humanité et à la nature.
Les marxistes antiautoritaires et les libertaires des années 1950 et 1960 ont bien vu que la Russie soviétique ne pouvait pas se réclamer du communisme de Marx dès lors qu’il existait un antagonisme aussi fort entre le parti tout puissant et les aspirations du peuple censé en être l’émanation. Cela revenait à se pencher sur le problème suivant : comment le peuple au pouvoir à travers le parti pouvait-il faire grève contre lui-même ? Mais ils auraient pu tout aussi bien constater que la contre-révolution battait déjà son plein aux débuts des années 1930 quand les nouveaux hommes forts du régime soviétique accusaient Maïakovski de trahison parce qu’il avait choisi le suicide plutôt que le reniement.

Grandeur et misère de l’anarchisme

S’il est un reproche que l’on ne peut pas faire aux anarchistes, c’est celui d’avoir abandonné l’esprit de la révolte sauvage qui les caractérise depuis toujours. Mais ils sont restés les vaincus de l’Histoire parce qu’ils n’ont pas su élaborer des conceptions suffisamment politiques. Pour eux, l’idée est TOUT. Mais il y a toujours un hiatus entre le monde tel qu’on le rêve et les réalisations pratiques ; d’où la nécessité d’élaborer des formes de médiation avec le réel pour s’en saisir et le transformer. En fait les anarchistes n’ont pas su le plus souvent saisir la réalité historique comme un processus ouvert et complexe où l’absolu de l’idée a priori n’a sa place que comme fétiche. De même, ils n’ont pas fait de critique substantielle de la politique — ils ont ignoré le problème. Ici les critiques de Marx contre les anarchistes sont fondées, notamment si l’on considère leur incapacité à penser la « forme-Etat ».

Requiem pour les bâtisseurs de nouveaux mondes

L’Histoire n’a pas été tendre avec les socialistes utopiques, mais on oublie vite qu’ils ont en leur temps fait trembler la bourgeoisie, en particulier quand leurs idées extravagantes ont rencontré l’activité politique du jeune prolétariat industriel. On s’est beaucoup attaché à la société idéale et par trop parfaite de Fourier, à son intelligence mathématique à l’excès, mais on a moins prêté attention à l’imagination créatrice débridée qui foisonne dans ses écrits. Des images grandioses y débordent de toutes parts le réel et redonnent à l’univers l’aspect d’un volcan jamais éteint. L’espace semble alors pouvoir se métamorphoser à l’infini par le simple pouvoir de l’esprit humain. Là réside le génie d’un vieux fou toujours gênant.
Même la pensée anticipante des saint-simoniens qui imaginent un capitalisme idéal, parce qu’encore balbutiant sous sa forme industrielle concrète, apparaît d’une infinie richesse face à la grande sécheresse actuelle et aux petits riens qui constituent notre réalité quotidienne.

Les deux bouts de la comète
Entre le matérialisme farouche et l’insurrection de l’esprit sauvage, il faudrait ne pas trancher tout à fait, refuser de sacrifier l’un à l’autre. Que seraient les révolutions sans la révolte à l’état brut ? Une question administrative, une affaire de bonne gouvernance tout au plus.
Si la passion peut causer le plus grand désordre et faire frémir tous les pouvoirs, c’est qu’elle est une offensive de la liberté contre le cours ordinaire des choses. Beaucoup d’anarchisme lyrique ne saurait de toute façon faire trop de mal à une époque dégoulinant de pourriture, nous voulons dire de réalisme étroit.
in Négatif n°15

Poupi
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Re: Citations marquantes

Message par Poupi »

C'est rigolo, j'ai lu du Shelley il y a quelques jours seulement. And on the pedestal...

L'article est une compilation de faits assez mal architecturée, et je suis de plus très sceptique quant à l’orientation qu'il prend et aux thèses qu'il défend : je ne pense pas qu'il saisisse les tenants et aboutissants de ce qu'il prétend combattre. Et les pseudo-liens entre la poésie et le prolétariat m'ont toujours fait soupirer. De même que les analogies entre poétique et politique. D'ailleurs c'est la volonté idiote de bâtir des ponts entre les deux qui rend l'architecture de cet article si bancale.
En fait, ce qui m'énerve, c'est le marxisme de buvette en poésie. Et la branlette.

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Yelti
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Re: Citations marquantes

Message par Yelti »

Le titre c'était "la poésie comme révolte et la révolte comme poésie".
Y'a quelques formules pédantes, mais dans l'ensemble c'est très beau et très clair.
La poésie défendue n'est pas une poésie politique, mais une poésie comme forme de connaissance sensible du monde, à opposer à la pensée unique qui uniformise le monde, et qui est, en soit, une révolte antibourgeoise.

"Poésie fille du chaos" c'est pas très heureux comme formule, mais la phrase qui suit, et surtout, le concept du "donné" me paraissent essentiels.

Poupi
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Re: Citations marquantes

Message par Poupi »

Certes, le poète fonde sa malédiction sur un socle d'élitisme social
Et encore.
L'aristocratisme est du côté du poète, pas du bourgeois.

Et effectivement, définir la poésie par négation, par opposition, par réaction, est d'un ennui mortel.

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Aragathis
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Re: Citations marquantes

Message par Aragathis »

Et les droits de l'homme s'effacent devant les droits de l'asticot.

Pierrot
Ainsi parlait Aragathis.

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Re: Citations marquantes

Message par personne »

Qu'est-ce qu'on l'aime, ce Pierrot.
J'aime être la bonne personne au mauvais endroit et la mauvaise personne au bon endroit.

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Re: Citations marquantes

Message par personne »

Tu viens de me faire découvrir un grand artiste. Je ne suis pas convaincu que "quelqu'un", quel qu'il soit, aie sa place auprès de ses citations.

Et celle-ci me touche particulièrement :
"Dans chaque vie, dans chaque coeur, un jour - parfois la durée d'un instant - résonne la douleur du monde. Et l'homme est justifié."
J'aime être la bonne personne au mauvais endroit et la mauvaise personne au bon endroit.

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Aragathis
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Re: Citations marquantes

Message par Aragathis »

Par derrière ?
Ainsi parlait Aragathis.

Poupi
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Re: Citations marquantes

Message par Poupi »

En lien avec l'actualité, ces versets d'Apollinaire :


Poème lu au mariage d'André Salmon
(13 juillet 1909)

En voyant des drapeaux ce matin je ne me suis pas dit
Voilà les riches vêtements des pauvres
Ni la pudeur démocratique veut me voiler sa douleur
Ni la liberté en honneur fait qu'on imite maintenant
Les feuilles ô liberté végétale ô seule liberté terrestre
Ni les maisons flambent parce qu'on partira pour ne plus revenir
Ni ces mains agitées travailleront demain pour nous tous
Ni même on a pendu ceux qui ne savaient pas profiter de la vie
Ni même on renouvelle le monde en reprenant la Bastille
Je sais que seuls le renouvellent ceux qui sont fondés en poésie
On a pavoisé Paris parce que mon ami André Salmon s'y marie

Nous nous sommes rencontrés dans un caveau maudit
Au temps de notre jeunesse
Fumant tous deux et mal vêtus attendant l'aube
Epris épris des mêmes paroles dont il faudra changer le sens
Trompés trompés pauvres petits et ne sachant pas encore rire
La table et les deux verres devinrent un mourant qui nous jeta le dernier regard d'Orphée
Les verres tombèrent se brisèrent
Et nous apprîmes à rire
Nous partîmes alors pèlerins de la perdition
A travers les rues à travers les contrées à travers la raison
Je le revis au bord du fleuve sur lequel flottait Ophélie
Qui blanche flotte encore entre les nénuphars
Il s'en allait au milieu des Hamlets blafards
Sur la flute jouant les airs de la folie
Je le revis près d'un moujik mourant compter les béatitudes
En admirant la neige semblable aux femmes nues
Je le revis faisant ceci ou cela en l'honneur des mêmes paroles
Qui changent la face des enfants et je dis toutes ces choses
Souvenir et Avenir parce que mon ami André Salmon se marie

Réjouissons-nous non pas parce que notre amitié a été le fleuve qui nous a fertilisés
Terrains riverains dont l'abondance est la nourriture que tous espèrent
Ni parce que nos verres nous jettent encore une fois le regard d'Orphée mourant
Ni parce que nous avons tant grandi que beaucoup pourraient confondre nos yeux et les étoiles
Ni parce que les drapeaux claquent aux fenêtres des citoyens qui sont contents depuis cent ans d'avoir la vie et de menues choses à défendre
Ni parce que fondés en poésie nous avons des droits sur les paroles qui forment et défont l'Univers
Ni parce que nous pouvons pleurer sans ridicule et que nous savons rire
Ni parce que nous fumons et buvons comme autrefois
Réjouissons-nous parce que directeur du feu et des poètes
L'amour qui emplit ainsi que la lumière
Tout le solide espace entre les étoiles et les planètes
L'amour veut qu'aujourd'hui mon ami André Salmon se marie

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Yelti
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Re: Citations marquantes

Message par Yelti »

On dit que Lazare et Cécile
Se sont enfuis cette nuit
Et que la Lune docile
Jusqu´au matin n´a pas lui
On dit qu´un foulard de brume
Fit pour elle un voile blanc
Fit à Lazare un costume
Tissé de nacre et d´argent

On le savait au village
Que Cécile allait souvent
Rêvasser dans les herbages
Et danser avec le vent
On riait de ce Lazare
Sans amie, sans fiancée
Qui rôdait près de la mare
Et n´allait jamais danser

On dit que Lazare et Cécile
Ont un soir changé d´avis
C´était pourtant pas facile
De se cacher près d´ici
Ils ont joint leurs solitudes
Ils ont partagé le vent
Prenant la douce habitude
De s´aimer secrètement

Au bout de quelques semaines
Il parut aux indiscrets
Que dans sa jupe de laine
Cécile s´alourdissait
Lors il fallut les entendre
Tous crier au déshonneur
Mais Cécile qui est tendre
A préféré le bonheur

On dit que Lazare et Cécile
Se sont enfuis cette nuit
Il y a bien des imbéciles
Pour en sourire aujourd´hui
Pourtant, jusqu´au bout des saules
Ils se sont tenu la main
Puis épaule contre épaule
Ils ont suivi leur chemin

On aurait voulu peut-être
Voir Cécile dans l´étang
Et sur la branche d´un hêtre
Trouver Lazare pendant
Sans gêne on aurait pu suivre
Leur cortège en soupirant
Mais ceux que l´amour délivre
Préfèrent s´aimer vivants

On dit que Lazare et Cécile
Se sont mariés cette nuit
Dans la lumière fragile
Des heures d´après minuit
On dit qu´au creux de la mare
La Lune en deux se brisa
Formant deux anneaux bizarres
Qu´ils se glissèrent au doigt

Lorsqu´ils ont couru ensemble
Le vent leur fit un manteau
Moi qui ne dormais pas j´en tremble
De les avoir vus si beaux
Toi Cécile toi Lazare
Apprenez à votre enfant
Que jamais on ne sépare
Ceux qui s´aiment simplement.

Anne Sylvestre

Poupi
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Re: Citations marquantes

Message par Poupi »

Je veux pas être méchant, mais certains vers auraient pu être écrits par Maurice Carême.

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Yelti
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Re: Citations marquantes

Message par Yelti »

Bwarf... ou pas.

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Re: Citations marquantes

Message par Poupi »

Il n'y a pas d'hommes impuissants, il n'y a que des femmes feignantes.
François Cavana, journaliste

cité par Poupi, salaud.

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Re: Citations marquantes

Message par Poupi »

La philosophie est à l'existence ce que la masturbation est à l'amour.

Karl Marx

on ne la répétera jamais assez, celle-là...

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Re: Citations marquantes

Message par Poupi »

Un penseur sans paradoxe, c'est comme un amant sans passion.

Kierkegaard

ça m'est revenu à l'esprit en répondant à Batto.

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