Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

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Modérateurs : hsdcdb, Aragathis

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Yelti
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Dodécasyllabes bancals pour deux mots

Message par Yelti »

Je veux créer ; et cette fois vouloir créer
Arrivera avant je ne sais quelle idée ;
Cela dit j'ai décidé de prendre la plume
Où plutôt mon stylo-plume et de le forcer
A forger sur quelque enclume un poème, à créer,
Et quoiqu'on ne trace pas au hasard les runes
J'ai désormais devant moi, sans vers balancés,
Qui s'il n'est pas sans lacune je garderai ;
Un poème.

[size=x-small]Edit : Ayant constaté que runes ne rimait pas avec plume, j'ai réglé ce problème, j'aime bien l'accent sur la septième syllabe, moi.[/size]
Modifié en dernier par Yelti le 22 oct. 2008, 20:41, modifié 2 fois.
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hsdcdb
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Re: Dodécasyllabes bancals pour deux mots

Message par hsdcdb »

Yelti a écrit :Je veux créer ; et cette fois vouloir créer
Arrivera avant je ne sais quelle idée ;
Cela dit j'ai décidé de prendre la plume
Où plutôt mon stylo-plume et de le forcer
A forger sur quelque enclume un poème, à créer,
Et quoiqu'on ne trace pas au hasard les runes
J'ai désormais devant moi, sans vers balancés,
Un poème.
Dans le même genre :


Je me veux écrivain, je ne fais que jeter
Au vent derrière moi de piètres mots sans suite.
Ai-je une idée au feu, elle est déjà trop cuite
Et tout se mêle alors dans le pot. Que tenter ?

Courir après un sens qui glisse et qui s'échappe
Déplaît à mon esprit qui pourtant s'y complaît :
Je ne sais concentrer mes yeux sur le blanc lait
Qui déborde et noircit jusqu'aux fleurs de la nappe.

Sans cesse je m'arrête au milieu du chemin
A respirer l'odeur d'un quelconque jasmin
Quand mon pas ose aller hors de la chambre sale.

Ô Muses ! Quand je pleure et lamente mon sort,
Soutenez mon éveil et mon bras qui s'endort.
Je saurai vous chanter dans la grâce estivale.

12.08.07 , Paris.
Et que faudrait-il faire ? ( II,8 )
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Yelti
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Message par Yelti »

Comme je rabâche et que j'aime revenir sur des sujets épuisés, je viens faire admirer le vers que nous servit Aragathis.
"Où qu'il est ce pichet que tantôt tu promis"
D'un point de vue purement et simplement technique, c'est une petite merveille de musicalité. Tout d'abord un tétramètre au débit régulier :
"Où qu'il est ce pichet que tantôt tu promis. En outre, on a une rime (pauvre, certes...) entre le premier et le deuxième accent. Il ne suffirait plus que les deux autres accents riment ensemble et on aurait un vers digne d'un travail oulipoien.
Et tout ça dans une phrase syntaxiquement incorrect, quel luxe ![/b]
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Yelti
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Message par Yelti »

Au risque de monologuer, je voudrais juste signaler une erreur de métrique dans ton quatrain, Captain Boney.
Je vous compose modestement, avec plaisir,
est un hendécasyllabe, je pense, à moins que modestement se prononce "modest'ment" mais je crains que non même si le doute persiste - n'y a -t- il personne capable de répondre à mon interrogation sur le sujet "personnages" ?
Pour combler ceci je proposerais "Je vous compose humblement, avec plaisir" pour avoir un joli trimètre ; et encore bravo pour ce joli quatrain, il l'est vraiment.

Edit : Mince, j'oubliais que "humblement" a un h muet, donc mon exemple est tout aussi bancal, il va falloir trouver autre chose...
De son verbe superbe, je me fais le quêteur
pose problème, également. Le e muet est banni après la césure sauf s'il est suivit d'une voyelle... Dommage ! Le vers était beau... (Qu'est ce qu'elles nous emm*** les règles de versification, mais qu'il est confortable de se plier à un modèle !)
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Yelti
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Message par Yelti »

Le vers qui précèdent le dernier que j'ai cité souffre également d'un e de trop à l'hémistiche, les terminaisons en -es sont totalement et sans exceptions bannies de l'hémistiche, c'est triste... Si tu ne trouve rien pour compenser, une élision suffira, ce n'est pas faute de virtuosité, j'ai déjà vu Du Bellay usé de l'apostrophe pour enlever un e embêtant.
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hsdcdb
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Message par hsdcdb »

Yelti a écrit : j'ai déjà vu Du Bellay usé de l'apostrophe pour enlever un e embêtant.
Ronsard est plus coutumier du fait que Du Bellay, mais il ne faut pas confondre pour autant apostrophe et licence poétique "normale" de l'époque, non plus que les essais linguistiques d'un français naissant que la Brigade (rapidement renommée en Pléiade) voulait en cette milieu de XVIe siècle imposer en réaction au latin.

Sous l'impulsion première de Dorat (l'helléniste), Du Bellay, qui signe la "Deffence et Illustration de la Langue Françoyse" (DILF), Ronsard, Pontus de Tyard , Jodelle, , Baïf, Pelleteir du Mans (et il me manque les deux autres) contribuèrent à forger la langue, prônant emprunts, traductions, créations, formations... Tous les essais n'ont pas été retenus, et certains furent même jugés incongrus et bannis quelques cent ans plus tard lorsque Richelieu créa L'Académie.
Et que faudrait-il faire ? ( II,8 )
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AmélieD
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Message par AmélieD »

En effet, à partir de Richelieu et des Académiciens, la poésie du XVIe a souvent été considérée comme sans intérêt. Du moins, c'est ce qu'on m'a dit à l'époque où j'étudiais André Chénier (sous la contrainte du programme, je n'eusse jamais spontanément tourné les yeux de ce côté-là) : Chénier s'inspire très souvent de la poésie antique ou française classique mais il est évident qu'il n'a pas lu les poètes du XVIe.
Saint Antoine de Padoue, faites briller sur moi les lumières de la raison !
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Yelti
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Message par Yelti »

L'élision fort courante dans les vers de Ronsard ne sont pas surprenant, l'italien élide souvent ses terminaisons non-accentuées omniprésentes, Pétrarque qu'imitèrent dans leur jeunesse Pierrot et Jojo (désolé ^^), remplace systématiquement (ou presque) ses "il" (le) en 'l.
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AmélieD
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Message par AmélieD »

Techniquement, mettre 'l au lieu de il, ce n'est pas une élision, mais une aphérèse... Pas que ça change le fond du problème, mais bon...

En fait, l'Italie, modèle de la Pléiade, est nettement moins à la mode par la suite. Il est donc logique que des procédés italiens aient été essayés au XVIe, pour être finalement mis à la poubelle au XVIIe.
Saint Antoine de Padoue, faites briller sur moi les lumières de la raison !
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Yelti
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Message par Yelti »

Même si un certain Savinien nous signale
Que monnaie ils seraient sur l'orbe de la nuit ;
Celui-ci, ce quatrain sonnant bien, est gratuit ;
Je ne le signerai : pas laid, il est banal.
orea
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Haikus

Message par orea »

Voila trois haikus de ma création :

Le bruit de la douche,
Salamalecs ruisselants
De paroles aqueuses.

Au fond du ruisseau,
Au chaud, le dormeur du val
Avale Rimbaud.

Le soleil se lève.
Pourquoi? Je ne sais pourquoi.
Pour la dernière fois?
titi
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Message par titi »

Le jardin

Exotique, où des éclats effleurent
Les gouttes, rosée de lumière, j'epère
Être ou paraître savamment conjuqués
Comme un souçon, un bruissement
Légèrement, étrangement, intensément
Diffus et coloré
Aimer
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Yelti
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Message par Yelti »

Et un petit poème de plus :) :

Dans mon étui je me blottis,
J’ai du m’y faire tout petit,
J’y ai sorti mon stylo-plume,
J’y ai écris ; sur ce j’allume,
D’autre bougi’s, l’obscurité fuit,
Il fera jour après minuit.

S’accumuleront de la pluie
Sur la fenêtre et de la suie
Dans l’âtre. J’attends un courrier.
Pour l’avoir je ne veux pas prier.

Le cor anglais d’Anton me berce
Sa flûte ne me bouleverse
Plus. Mon étui est de velours,
Une lucarne mène autour.
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hsdcdb
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Message par hsdcdb »

Petit haïku sur ce temps qui passe inexorablement et que je traîne en moi depuis longtemps.


Dehors il fait beau ;
Je suis enchaîné le flambeau
Qui mène au tombeau.
Et que faudrait-il faire ? ( II,8 )
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Yelti
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Message par Yelti »

J'avais oublié de complimenter ta muse, ô Captain, pour ce joli discours et pour avoir secoué l'enseigne du Chat Rimaillant qui somnolait quelque peu.
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