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Posté : 03 oct. 2008, 20:27
par Yelti
De mon quatrain j'ai fait un sonnet

Je veux m’abandonner dans quelque personnage,
Toucher ses émotions, entendre ses pensées,
Son décor contempler, son air fragrant humer,
Goûter sa nourriture et ne plus voir les pages.

Que s’effacent les points les lettres et les lignes ;
Comme en a parlé Proust, je verrai chaque mot
(même préposition) peindre dans mon cerveau
son image attribué' : sa couleur ou son signe.

Je veux oublier ma vi', la laisser un moment,
Car je veux visiter la conscience d’un autre,
Adorer ses amis haïr ses ennemis.

Je veux partir voler toucher le firmament,
Choir sur une planète où de gâteaux d’épeautre
Sont maisons et lycé's. Le rêve m’envahit.

(Pour la synérèse je sais pas si j'avais le droit je connais peu les règles à ce sujet.)
edit : coquille

Posté : 04 oct. 2008, 10:34
par Yelti
La synérèse n'est que sur "oublier", "attribuer" (selon mon dictionnaire) se prononce en temps normal avec une semi voyelle (tout u devant une voyelle est semi consonne sans avoir besoin de synérèses : lueur tuer puer ont une seule syllabe).

Où ai-je parlé de proposition ?
Une cacahuète gratuite pour le premier qui trouve le texte de Proust auquel je fais référence !
Mons... euh captain Bone a écrit :
MessagePosté le: Jeu Oct 02, 2008 9:19 pm Sujet du message:
Bon, ça disserte, ça disserte, mais crée-ce ?
On parle, on parle, et point de poésie…

Alors, voici, à la demande générale, un grand, très grand quatrain :

Je ne veux point, pour satisfaire à vos désirs,
Écrire ici n'importe quoi, oh ! que nenni !
Je vous compose modestement, avec plaisir,
Ce beau quatrain, de quatre en quatre, et sans génie.
Ne fustigeons pas les dissertations, rien ici n'est en trop ; et pour ce qui est de ton quatrain : objet d'art créé pour le plaisir de créer, quoi de plus beau ?

Posté : 04 oct. 2008, 11:09
par Yelti
... ou plutôt la transformation d'une voyelle en semi-voyelle ou inversement selon qu'on parle de diérèse ou de synérèse. En fait le français n'a pas de réelles diphtongues : toutes ses semi-voyelles sont d'ordre consonnantiques (c'est à dire que ce sont des semi-voyelle qui correspondent à une voyelle fermée). On a des vrais diphtongues dans de nombreuses langues comme l'anglais ou l'allemand : En effet comme le i court anglais est plus ouvert qu'un i français, dans la diphtongues [ai] le i est une semi-voyelle d'ordre non consonnantique [ai] est une diphtongues, pas [aj]. (j est le symbole pour noter le i de piano).

Voilà, c'était juste pour pinailler.

Posté : 12 oct. 2008, 00:09
par hsdcdb
Captain Boney Boone a écrit :Cependant, u n'est pas toujours semi-voyelle devant une autre voyelle : cruel comporte deux syllabes.
Pas toujours.

Il y a quelques exemples (chez Hugo, je crois, ou Racine ? j'ai oublié...) où le mot ne compte qu'une syllabe.

Posté : 12 oct. 2008, 12:49
par Yelti
Captain Boney Bone parlait de la prononciation habituelle du mot ; après dans les vers, on peut toujours triturer un u pour faire un vers régulier.
Il mettait en valeur le fait que contrairement au mots que j'ai cités (lueur, tuer, attribuer), certains mots sont dans leur prononciation habituelles avec un u voyelle.

Posté : 12 oct. 2008, 14:20
par hsdcdb
Bien, puisque nous sommes dans les sonnets, permettez-moi de partager un petit texte de 2001. A l'époque le titre en était le sous-titre actuel. Le temps passant, le titre a changé, mais pas le message, hélas.


Evolution
(oy êroy aporêtoy)

Il y a 25 ans, on vous aurait jeté
Des pierres. Aujourd'hui, les choses sont changées,
Heureusement, et sur les routes enneigées,
Tranquillement, sans peur, vous attendez l'été.

Il y a 25 ans : préjugés, cruauté,
Crachés directement ; les mines enragées
Se montraient fièrement. Aujourd'hui : les dragées...
Ne sont toujours pas là. Stupide humanité !

Parce qu'il est gêné, qu'il n'a pas la manière,
L'être humain par devant sourit, mais par derrière
Il commente, et critique, et puis ocndamne en bloc.

Il y a 25 ans, une vie impossible
Car pour les gens bien nés vous n'étiez pas <I>ad hoc</I>.
Aujourd'hui c'est possible, en restant invisible.

Posté : 14 oct. 2008, 21:43
par Aragathis
Toi qui veilles sur mes nuits,
qui les remplis de ta présence,
qui sais te faire désirer
comme toute amante,
qui te dévoile à mes seuls yeux,
sois le témoin de mes efforts
soi mes pensées et ma prose
mon art et ma muse,
depuis ton firmament infini,
toi qui veilles sur les nuits,
Lune.

Posté : 16 oct. 2008, 19:02
par hsdcdb
Captain Boney Boone a écrit :
hsdcdb a écrit : Evolution
(oy êroy aporêtoy)

Il y a 25 ans, on vous aurait jeté
Des pierres. Aujourd'hui, les choses sont changées,
Heureusement, et sur les routes enneigées,
Tranquillement, sans peur, vous attendez l'été.

Il y a 25 ans : préjugés, cruauté,
Crachés directement ; les mines enragées
Se montraient fièrement. Aujourd'hui : les dragées...
Ne sont toujours pas là. Stupide humanité !

Parce qu'il est gêné, qu'il n'a pas la manière,
L'être humain par devant sourit, mais par derrière
Il commente, et critique, et puis condamne en bloc.

Il y a 25 ans, une vie impossible
Car pour les gens bien nés vous n'étiez pas ad hoc.
Aujourd'hui c'est possible, en restant invisible.
Quelles sont ces allusions ? Point n'ai compris le titre, ni plus que le sonnet même.

L'explication des allusions d'un poème ou d'un texte est sans intérêt. Un texte ne mérite que d'être admiré (ou pas) en fonction de ce qu'on en comprend (pas, peu, beaucoup) ou bien d'être analysé littérairement.

La contextualisation à laquelle je me suis livrée est d'ailleurs en dehors de mes usages, mais j'ai voulu expliciter ce "25" deux fois répété.

Tout ce que je peux te dire, c'est d'abord que le sous-titre est une transcription phonétique en alphabet latin de l'alphabet grec, ensuite que le titre n'a rien à voir avec le film du même nom. Mais tu t'en doutais déjà, pour ce dernier point... ;)

Posté : 17 oct. 2008, 14:40
par hsdcdb
Captain Boney Boone a écrit :
hsdcdb a écrit : L'explication des allusions d'un poème ou d'un texte est sans intérêt. Un texte ne mérite que d'être admiré (ou pas) en fonction de ce qu'on en comprend (pas, peu, beaucoup) ou bien d'être analysé littérairement.
Merci, hsdcdb, tu viens de m'apprendre qu'il n'y a qu'une vision du monde et de la littérature possible ! Enfin, les choses se simplifient ! Depuis le temps que j'attendais ça !
Bon, ironie mise à part, j'aime bien comprendre les textes que je lis, et parfois ne pas les comprendre, mais celui-ci, j'aurais préféré le comprendre :).

Bien au contraire !

Chacun a sa vision de la littérature et des textes, et c'est pour cela que je me refuse en général à seulement "expliquer grossièrement" un texte. Je ne le fais déjà que trop en classe. Cela lui enlève de sa saveur et de son intérêt. Moi le premier, je ne comprends pas tout, ou je ne comprends pas du tout, et alors ? Je m'en fais une raison et je passe sur d'autres textes...

Si vraiment tu insistes, je peux te dire encore qu'une évolution, c'est partir d'un point pour aller vers un autre, communément supposé meilleur. Que mon sonnet ne parle pas d'une amourette heureuse mais qu'il se veut plutôt un cri de colère contre une certaine (quelqu'elle soit) persistance sociétale.

Enfin, "oy êroy" est un pluriel, celui de "ô éros".

Posté : 18 oct. 2008, 02:03
par hsdcdb
Captain Boney Boone a écrit : Mais brisons-la
Tu nous la joues Francis Ponge, maintenant ?

Certes, le verbe est une nourriture de base pour la série et ses admirateurs, mais quand même...

Je ne suis pas un grand admirateur de la poésie de Ponge, mais je picore avec plaisir quelques graines dans ses textes. J'ai d'ailleurs une connaissance particulière, pour des raisons professionnelles, de celui dont tu extrais cette phrase. 8)

Nous sommes en fait sur la même "longueur d'ondes".

Un "beau" texte ne peut être que beau, rien de plus.
Un grand texte est beau et transmet un message, transmet plus que ne simplement véhicule. Il ne doit pas être trop obscur, doit s'adresser à un relativement grand nombre, au moins à l'intérieur du public visé, afin de rester compréhensible.

Posté : 18 oct. 2008, 02:06
par hsdcdb
Sinon, un petit poème de plus, écrit l'an dernier, peu après mon arrivée sur l'île.



Le souffle chaud rafraîchit l'atmosphère.
Le bleu s'estompe un peu d'un gris colère.
Quelques oiseaux volètent bas.
Autour pourtant le soleil brille.
Un petit nuage là-bas,
A peine, tout seul, qui frétille.
Un quart d'heure plus tard se déchire le ciel
Prévenant par deux gouttes
Cet enfer démentiel
Qui submerge de peu les chemins et les routes.
Dix minutes après, le nuage a passé.
L'humidité au sol atteste
Avec deux larmes sur ma veste
Seules de l'orage effacé,
De ce réel par trop fugace.
La lumière revient. L'ombre lui laisse place.
La palme qui battait frémit tranquillement.
L'air est à nouveau chaud, lumineux et brûlant.


14.08.07, FdF

Posté : 18 oct. 2008, 13:42
par capitainekid
Superbe !!!! :D

Ennéasyllabes bancals pour deux mots :S

Posté : 19 oct. 2008, 17:19
par Yelti
Je n'sais pas rire et je veux apprendre
Ç'm'est impossibl' seul alors, allez !
Il est temps qu'j'replong' dans ç'tourbillon :
Les autres. 'lors allez ! sans attendre
V'nez avec moi ç'soir est r'présentée
Quelqu' chose au théâtre où nous rirons
Et j'n'pourrai plus r'gretter qu'de n'savoir
Faire rire.

Posté : 19 oct. 2008, 19:01
par Yelti
J'y pense : personne n'aime les cacahuètes ? (Au sujet de Proust...)

Pour mon dernier poème, j'avais d'abord fait quelque chose sans élisions avec des ennéasyllabes systématiquement en 4/5, mais cette contrainte m'obligeait à utiliser des termes pas précieux mais qui restaient soutenu, avec des constructions du langage écrit. J'ai finalement opté pour des vers où l'on a du mal à trouver une régularité dans les accents (et c'est aussi bien je trouve finalement), lesquels sont un peu distants les un des autres : par exemple il m'a fallu plusieurs essai avant d'arriver dire à l'oral mon vers sept.

Posté : 19 oct. 2008, 19:07
par Aragathis
C'est vrai que certains passages sont un peu imprononçables... Mais le style mâch'mots est quand même intéressant!