Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Vous pouvez parler ici de ce que vous voulez... Littérature, cinéma, evènements, nouveaux sites internet...

Modérateurs : hsdcdb, Aragathis

Avatar du membre
Aragathis
Messages : 2680
Enregistré le : 02 nov. 2007, 20:51
Localisation : Haute-Savoie

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

Non seulement le pastiche est bon, mais je me retrouve particulièrement bien dans cette situation :clapping: . Comme quoi le plus ennuyeux cours d'allemand est utile.
Ainsi parlait Aragathis.
Avatar du membre
kervin
Messages : 1141
Enregistré le : 21 févr. 2008, 18:51

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par kervin »

Le chat le maitre, pas Gelück ! :mrgreen:
"Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton." Gaston Bachelard.
Agnès
Messages : 98
Enregistré le : 22 sept. 2009, 11:41

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Agnès »

alors celui là n'est pas vraiment un pastiche, mais c'est quand même fortement inspiré de Du Bellay... un peu doux amer :

Aussi belle que soit la maison que j'habite,
Si agréable soit cette chaise à mes reins,
Si aimables les cours que je suis pour mon bien,
Aussi charmant que soit le toit gris qui m'abrite,

Cette vie me paraît comme rongée aux mites.
Agir est inutile, agir ne sert de rien...
Mais soudain je me lève : parler est si vain!
Et voilà que me prend cette langueur subite.

J'ai l'esprit occupé, je maudis les tracas
Qui inlassablement me suivent pas à pas.
j'ai quitté mon pays et je pleure ma ville :

Ainsi se retournant pour saluer le port,
Ce grand voilier usé, au gréement fragile,
Dans un triste soupir fait résonner son cor.
Avatar du membre
Battologio
Messages : 648
Enregistré le : 10 sept. 2009, 18:50
Localisation : Agatharchidès

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Battologio »

La pauvre Agnès se retrouve toute seule à faire des vers ici, alors moi, galant, j'accours pour lui tenir compagnie :

Nos yeux se sont croisés, rien de plus et pourtant
J'ai cru sentir en moi mille coups de tonnerre
Un instant symphonique environné d'éclairs
Le chaos puis la paix, puis la mort doucement.

J'ai vu dans son regard les dieux me regarder
De l'Enfer entrouvert j'ai vu la flamme ardente
J'ai vu l'ombre vaincue, la lumière éclatante
Et j'entendis les chœurs des archanges chanter.

En elle j'ai perdu et la crainte et l'espoir
Mille fois je suis né pour vivre mille vies
Elle a tourné la tête, et puis elle est partie,
En laissant son parfum flotter dans l'air du soir.
"Le savoir, n'est-ce pas, est un bien précieux. Trop précieux pour ne pas être partagé !" (Battologio d'Epanalepse, VII, 14, 5)
Agnès
Messages : 98
Enregistré le : 22 sept. 2009, 11:41

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Agnès »

joli!! :clapping:
Avatar du membre
Aragathis
Messages : 2680
Enregistré le : 02 nov. 2007, 20:51
Localisation : Haute-Savoie

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

Plus d'art

J'ai perdu au ruisseau la clé de mes pensées,
Où réside ma muse et dort mon flot, ma prose.
En flottant sur l'ondée ma clé s'en est allée,
Et gîte maintenant au creux des flots moroses
Qu'au coeur de ma folie je prends pour une plaine.
Devenu sans abri, abruti de débris
Qui tombent de mon ciel, je fuis ma propre haine,
Et sombre dans le vide dans un bruit de bris ;
Plus rien ne me rattache au monde que j'aimais,
Je n'ai plus pour psyché qu'un amas de ratés,
Et pour combler l'abîme je n'aurai jamais
Rien de plus, malgré moi, qu'un petit vers mité.
Ainsi parlait Aragathis.
Avatar du membre
Aragathis
Messages : 2680
Enregistré le : 02 nov. 2007, 20:51
Localisation : Haute-Savoie

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

Oui ? Non ? Qu'en dois-je conclure ?
Ainsi parlait Aragathis.
Avatar du membre
kervin
Messages : 1141
Enregistré le : 21 févr. 2008, 18:51

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par kervin »

J'aime assez.
"Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton." Gaston Bachelard.
Avatar du membre
Battologio
Messages : 648
Enregistré le : 10 sept. 2009, 18:50
Localisation : Agatharchidès

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Battologio »

Je dirais même plus, je ne hais point.
"Le savoir, n'est-ce pas, est un bien précieux. Trop précieux pour ne pas être partagé !" (Battologio d'Epanalepse, VII, 14, 5)
Avatar du membre
Battologio
Messages : 648
Enregistré le : 10 sept. 2009, 18:50
Localisation : Agatharchidès

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Battologio »


Les statues

D'une bouche sans voix et pourtant furieuse
D'un geste querelleur et violent et figé
Il appelle un combat qu'il ne peut honorer
Prisonnier à jamais de sa gangue pierreuse.

Ceint de lauriers de pierre un visage impérial
Baigne ses yeux lassés dans la foule sinistre
Il attend le conseil, l'augure ou le ministre
Mais seul à son oreille siffle le vent glacial.

Un vieillard appuyé sur un bâton d'argile
Ravagé par le temps sans lui être soumis
Mourant sans être mort, souffrant sans maladie,
Se cramponne à la vie d'une étreinte débile.

Maintes fois le Soleil a parcouru le ciel
Nimbant de lambeaux d'or l'ivoir de ses bras nus
Elle, elle espère encore, elle attend sa venue,
Celui pour qui elle s'est jadis faite si belle.

Ils regardent sans voir le tourbillon des vies
Insensible à la foule, à l'orage, au silence,
Monument basaltique à notre brève errance
Qui garde pour toujours ce qui toujours nous fuit.


Edit : une petite faute...
Modifié en dernier par Battologio le 30 sept. 2009, 17:33, modifié 1 fois.
"Le savoir, n'est-ce pas, est un bien précieux. Trop précieux pour ne pas être partagé !" (Battologio d'Epanalepse, VII, 14, 5)
Avatar du membre
Aragathis
Messages : 2680
Enregistré le : 02 nov. 2007, 20:51
Localisation : Haute-Savoie

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

L'homme qui pourfendit sa mort

L'homme avait d'abord été un enfant, et l'enfant était curieux.
Il cherchait à découvrir le monde, et plus il découvrait plus il était heureux. Comme il était heureux, il avançait encore plus loin sur la route, découvrant de nouveau. Et les gens étaient tout fiers de le voir si joyeux, plein d'entrain et de bonheur. « Sa vigueur fait chaud au coeur ! » clamaient-ils joyeusement.
Le garçon marchait toujours. Il voyait avec plaisir la vie s'offrir à son regard, et s'appliquait à en profiter. Le paysage défilait devant lui au rythme des saisons et des gens qu'il croisait ou dépassait. « Quelle énergie ! riaient les gens. Rien ne l'arrête ! »

Un après-midi, il croisa sur son chemin un vieil homme qui, assis au bord de la route sans regarder personne, scrutait le lointain. En trois bonds insouciants, l'enfant le rejoignit et lui demanda : « Dis, grand-père, que regardes-tu ainsi ? ». Le vieil homme, ne lui accordant qu'un bref coup d'oeil, lui répondit gentiment « Je vois venir, mon enfant, je regarde venir ma mort ». Le jeune garçon eut envie de rire. « Ta mort, grand-père ? Mais ne vois-tu pas que la vallée où coule notre route est riante et verte ? Observe les fleurs, les arbres et les gens ! La mort n'existe pas ! » Et il se laissa aller à rire joyeusement, innocent comme au premier jour.
« Pourtant, cher enfant, regarde là-bas, sur cette colline à l'horizon. » Il tendit le doigt, et l'enfant scruta à son tour. « C'est une colline comme les autres, grand-père...  - Pas tout à fait, dit le vieillard. Regarde mieux. » Et l'enfant regarda mieux. « Il n'y a que de l'herbe, et deux arbres, dit-il en souriant. - Il n'y a qu'un arbre, mon enfant. Le deuxième point que tu vois est plus sombre : c'est ma mort. »
L'enfant eut un peu peur. « C'est vrai, grand-père, je vois ta mort là-bas. Mais elle est si loin ! - Pourtant elle approche, mon enfant. » Et la mort approcha. « Le point a grossi, grand-père ! s'écria l'enfant en frémissant. Il vient ! » Le vieil homme sourit. « Tu vois ? Je te l'avais bien dit. »
La mort grossissait, quitta le lointain. Longeant le chemin, elle croisait des gens qui ne la regardaient pas. L'enfant pleura un peu. « Pars, grand-père, ne la laisse pas t'attraper ! » Mais le vieillard ne bougea pas. S'il s'était un peu raidi, il ne se leva pas, ne fuit pas. L'enfant pleura un peu plus, et regarda à nouveau la mort, qui avait encore grossi. Soudain, elle s'arrêta à quelques portées de voix. Et elle recula.
« Grand-père, elle repart ! » cria l'enfant en battant des mains. Le vieil homme poussa un léger soupir de soulagement. Ensuite, il mourut. Ni lui ni l'enfant n'avait vu revenir sa mort, qui finalement ne s'était pas arrêtée. Elle l'enveloppa de son ombre, et ils disparurent sans un bruit. L'enfant resta seul, les yeux pleins de larmes, meurtri et incrédule.

Il revint sur la route, trébuchant tous les trois pas. « Avez-vous vu ce qui s'est passé ? Quelqu'un sait-il où est allé le grand-père ? » demandait-il aux passants, implorant des réponses. Mais personne n'avait rien vu. « Qui sait où elle l'a emporté ? » cria-t-il. « Il est parti », le rabroua quelqu'un. « Il est au ciel », lui dit quelqu'un d'autre. « Il a disparu pour toujours », lui répondit tout le monde. Et l'enfant pleura beaucoup.
Plus tard, le jeune homme ne pleura plus. Il reprit la route, mais regardait moins le monde, parlant de moins en moins aux gens. Il finit par ne plus leur parler du tout. « Que sa fraîcheur et son entrain nous manquent ! » se lamentaient les gens. Mais le jeune homme n'écoutait plus.

Il sortit à nouveau du chemin le jour où il trouva à l'horizon une colline nue et verte. Il se campa au milieu de l'herbe, non loin de la route, et attendit en dardant au loin son regard. « Que fais-tu là ? » lui demandèrent les passants, surpris. « Je veux voir venir ma mort, leur répondit-il avec détermination. Je ne la laisserai pas me prendre. » Les gens secouèrent la tête. « Misère, disaient-ils, ce n'est pas l'attitude d'un jeune homme ! Attendre sa mort, à son âge, quelle folie ! ».
Le jeune homme ne les entendait même pas. Il ramassa une branche morte sous un arbre et, revenant se poster au même endroit, il la tailla en un long bâton solide. Appuyé sur son arme, il ne quitta pas des yeux l'horizon d'où, il le savait, sa mort viendrait un jour. Les gens passaient sans plus lui parler désormais. Il attendait.

Et un jour sa mort vint. Elle apparut au matin sur le sommet de la colline nue et verte, petit point sombre plein de vide. L'homme serra son arme et son regard se durcit. Les passants eurent peur de ses yeux, pleins de peur et de violence. « Lui qui était si gentil ! » se plaignaient-ils. Et sa mort approcha, doucement.
L'homme savait que lui seul faisait attention à elle. Les gens marchaient sans la regarder, et elle longeait la route vers lui, tout comme une autre l'avait longée pour le vieil homme. Elle venait, et l'homme l'attendait. Elle approcha jusqu'à ce qu'ils soient assez près pour qu'il sente son odeur froide. Il leva son arme. Sa mort recula.
Il abattit son bâton devant lui, là où il ne voyait que de l'air. Et sa mort tomba à ses pieds, comme foudroyée.

Tremblant d'émotion, des larmes de joie coulant sur ses joues, l'homme se précipita sur la route, serrant contre son coeur tous ceux qu'il croisait. « J'ai tué ma mort, criait-il, j'ai tué ma mort ! » Et il courut sur le chemin, attirant l'attention de tout le monde. « Ecoutez, j'ai tué ma mort ! Elle ne me fera rien désormais, jamais ! Je marcherai toujours ! » Les passants approchèrent, sceptiques. « Voyez son cadavre ! criait-il, plein de joie. Voyez, j'ai tué ma mort ! Je ne mourrai pas ! Je peux vous apprendre, je vais vous dire comment tuer votre mort ! Nous pourrons marcher toujours, jusqu'au bout de la vallée ! » Les gens virent le corps de sa mort et reculèrent. « Nous allons tuer vos morts ! clama l'homme ivre de bonheur. Nous courrons, nous bondirons, sans jamais nous arrêter, car nos morts seront toutes mortes ! » Les gens échangèrent un regard.

Ils le tuèrent.
Ainsi parlait Aragathis.
Avatar du membre
Aragathis
Messages : 2680
Enregistré le : 02 nov. 2007, 20:51
Localisation : Haute-Savoie

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

J'aime beaucoup ces statues, Batto ! Prisonnières, qui nous regardent sans nous voir... Une bien belle image !
Ainsi parlait Aragathis.
Avatar du membre
Battologio
Messages : 648
Enregistré le : 10 sept. 2009, 18:50
Localisation : Agatharchidès

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Battologio »

J'adore.
Edit : ce message fait suite au texte d'Ara évidemment.
Modifié en dernier par Battologio le 30 sept. 2009, 17:34, modifié 1 fois.
"Le savoir, n'est-ce pas, est un bien précieux. Trop précieux pour ne pas être partagé !" (Battologio d'Epanalepse, VII, 14, 5)
Avatar du membre
Aragathis
Messages : 2680
Enregistré le : 02 nov. 2007, 20:51
Localisation : Haute-Savoie

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

Voltaire ? Tiens donc. Le compliment touche d'autant plus qu'il était des plus inattendus... Et il me rappelle que j'ai oublié de te féliciter pour ton chant d'amour. Comme quoi les pirates ont un coeur :roll: .
Ainsi parlait Aragathis.
Agnès
Messages : 98
Enregistré le : 22 sept. 2009, 11:41

Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Agnès »

je suis fan de tout ce que vous avez écrit, c'est magnifique!!
moi aussi, j'ai commencé à écrire quelque chose de poétique avec un vieillard assis sur le bord de la route, mais c'est un peu plus gai!!^^
Répondre