Anthologie de poésie contemporaine

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Yelti
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Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 29 nov. 2011, 22:52

Nous avons sur ce forum un laboratoire de création poétique, Le Chat Rimaillant. J'ouvre ici un topic dédié à la citation de poésie contemporaine, afin que nous puissions voir avec quoi nous avons à rivaliser.

En espérant que notre brave ( :roll: ) modo ne sentent pas obligé de fusionner ça avec Citations marquantes.

Et je commence par une petite moisson de poèmes primés lors du concours Poésie en liberté 2011.
Timothée Dolidon a écrit :Discordances

Je rêve d'une prairie de tranquilles senteurs,
Un jour tiède et doré, mélodieux et pur,
Où mon âme amaigrie qui ne vit que d'aigreur
Aurait pour s'enivrer quelques gorgées d'azur.

Mais ce songe est bien lointain :
Au-delà d'une muraille
De mensonge et de grisaille
Sous un masque de satin.

Car la mode est au vice paré de brillants ;
Embrassé par la plèbe un Satan scintillant
Festine en se riant des convives affables :
Vertu hebdomadaire et conscience jetable.

De quelque habile artifice
Couvrons, ô frères damnés
Tous ces Dieux surannés.
Diable ! Adoptons l'immondice !
Manon Thiery a écrit :Putains je ne verrai pas la prochaine éclipse

Elle est de ces filles qui se pendent à leurs balcons les yeux grands ouverts
Et vont à leurs propres funérailles une cage dans la tête
Elle est de celles dont les barreaux ont crevé le cœur des roches calcaires
Et gardent un caillou dans la chaussure rembobinent la cassette

J'ai la corde tranquille quand ses membres se dénouent
Et quand ses collants seront troués je m'annihilerai avec allégeance
A moi seule un jeu d'ombres sans soleil sous une feuille de houx
Un deux trois soleil je souffle ses bougies me souhaite de sincères condoléances

Rien ne s'éteint dans la chambre froide tes restes glissent à mes chevilles fracturées
Comme le rouge à tes lèvres pétasses la viande dure réclame des dents
Je ferai de ta bouche un paravent de chair qu'on épingle au tournant
Un petit oiseau sur une pince à linge attendant gaîment la marée

L'envol des portes vieillies traverse ta porte funambule
Allons pleurons des mouchoirs le dernier jour de ce Décembre blanc
J'en ferai des rideaux pour tes yeux sans couleur des tuiles et des gants
Pour tes mains à moi ma danseuse de cordes aux soupirs noctambules

Le grand huit on l'a usé ensemble je suis usée j'ai quatorze grammes au fond d'une main
Des ecchymoses au côté gauche des fées qui font les putains dans mes lacets
T'es partie demain
Et ma tête s'est mangée la balançoire toi la corde tes pieds.
Je suis fille du Soleil

Façonnée à l'éveil incandescent des volcans insulaires,

Modelée dans la braise, la poussière et l'écume.

***
J'ai la couleur vanille des mulâtresses créoles,

Les cheveux qui s'envolent au gré de mes mystères,

Et les yeux,
Deux yeux nègres et qui me consument.

***
Mais qui me console

Du sang esclave

Des chaînes dans le cœur et des cent
_________________________________________viols
_______________________________________________de ma Terre ?

J'ai quinze tambours insolents dans ma tête,

_________________
puisque je m'en vais je m'en vais

_________________
(Rejoindre mes ancêtres dans la mort)...

***
Je vois poindre le chant libre et violent de la Mer

Je danse seule sur la cendre et sur la lave

Au rythme indolent des sept tam-tams qui s'entêtent.

_____Entendez ! Entendez ! l'horizon ivre qui se tait.

____________________________________
(Je suis prête d'éclore)...
Modifié en dernier par Yelti le 29 nov. 2011, 23:00, modifié 1 fois.

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 29 nov. 2011, 22:59

Du Michel Cosem

GORGEES DE BRAISES

1

Sur un chemin de sable, dans un matin d'empreintes, entre des roseaux plantés dans le néant, dans le silence des miroirs d'eau, sans chagrin, sans battement d'aile, une toute petite odeur de passion qui s'épuise, de faim et de cendre au-delà de l'horizon, un reflet blanc pour une présence, sur ce chemin de sable, dans un matin d'empreintes fraîches entre des roseaux plantés dans le néant.

6

Les bergers sont immobiles autour du feu. La fumée, la buée augmentent les rêves et des femmes incertaines rôdent dans les ombres bleues. Ils parlent entre eux de mystère et de secrets. Ils tracent de furtifs contours aux chasses et à la peur. Ils échangent le vin fort et la viande grillée, l'or des brigandages. Ils ajoutent le vermeil de la forêt, les plumes sacrées et les flammes. Le grand espace s'enroule entre la terre et l'eau.

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 01 déc. 2011, 01:34

Du Jean-Luc Despax :
Dans certains Pléiade
Il y a une petite bande magnétique
Qui pourrait biper à la caisse
On n'y prend pas souvent garde
Parce que peu de monde
A condition déjà d'avoir les moyens de les acheter
Les feuillette jusqu'au bout
Ils ont déjà ouvert l'autoroute Kafka
Ils en sont les pirates officiels
Mais nous ne téléchargerons pas notre mort
Leur corps serait secoué de spasmes délicieux
Leur bouche tremblerait de notre rectitude ultime
Il faut l'admettre compagnons,
Notre éthique les réjouit
Autant qu'elle les inquiète
Après avoir nourri les grands requins blancs
Des sociétés financières du nouvel apartheid
Après leur avoir bourré la gueule
Des milliards qui revenaient aux gens
Le krach les a fait vaciller un instant
Puis ils sont repartis à la chasse à l'argent
Qu'ils prendront aux malades, aux travailleurs
Aux chômeurs, aux étudiants
Aux retraités, aux seniors, aux agneaux
Au Seigneur des anneaux à monter au théâtre
A la scène et aux comédiens
Au livre et à la culture
Aux générations à venir
Pour le plaisir subtil d'annuler les acquis
De se refaire une santé
Ils ont déjà ouvert l'autoroute Kafka
Ils ont leur trois repas de luxe par jour
Et pas dans un restoroute
La simple idée du mieux auquel nous aurions droit,
Vivre tous dignement,
S'envole dans les volutes de leur cigares
La fumée de leur flotte semi privée
Où des idées fumeuses leur viennent entre deux coups de fil
Croquant des cacahuètes
En promettant des peanuts
Ils ont déjà ouvert l'autoroute Kafka
Donc nous allons la remonter à l'envers
Tous phares éteints
Les yeux bien ouverts
La pensée en alerte
Refusant les péages
Payant plus que jamais de notre personne
Nous ?
Personne
Malgré le mot final, ça vaut pas du Personne.

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 01 déc. 2011, 01:39

Du Bernard Tirtiaux

Pays noir

Fabuleuses torchères escortent mon visage
Le pays d'où je viens ne compte plus la fatigue
Il a épuisé aux sources souterraines et sauvages
le souffle de ses gens
Le blé croît au sommet de longs corridors
nappés de charbon luisant
Le blé porte mes corbeaux dans son nid d'or
Les épis ont gerbé ma chevelure
et la puissance noire de la terre
habite mon courage
Je suis fort et large comme un étançon
ouvrant aux pierres ses bras de bois
Et sous mes mains, l'amitié scellée dans le sang
m'achemine
par la grâce d'un filin de mine
tout droit
au cœur brûlant du pays noir

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 05 avr. 2012, 15:47

MAINTENANT je n'existe plus
qu'avec d'extrêmes difficultés
C'est déjà d'un autre
que je parle
de celui qui portait un nom
que vous avez connu peut-être
que vous avez vu
marcher
à travers les rues de la ville
à toute heure du jour
et de la nuit
de celui qui portait un nom
et que peut être vous avez aimé
La nuit se fait de plus en plus
obscure
L'air
s'épaissit
Je volais
Je marchais
Je rampe
Je rampais
Je suis mort
J'étais mort
car il y a
bien des manières
de mourir.

André Benedetto, Urgent crier

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 24 janv. 2013, 19:31

FRAGMENTS

Les feuilles ont des arrêtes et des squelettes de poissons se balancent aux branches. Il y a un chapeau melon posé sur le tapis. Des pommes comme des hublots ou des yeux de sardines qui roulent... roulent...

Un autel bricolé avec des bombes volcaniques et des roses en papier. Une petite fille joue à côté de coquilles d'escargots peintes alignées au sol, au milieu des bougies et des branches de lauriers. Le christ qui a perdu un bras et un bout de jambe se cache derrière un rideau d'herbes sauvages tressées et des petits flacons d'eau de pluie. Au dessus et qui regarde au ciel, une tête de chérubin doré s'ennuie à côté d'une enfant en robe blanche de communiante qui a soixante dix ans aujourd'hui.

La plus jeune a leurs yeux, avec en dessous, un pli qui fait comme une ride. Ou un cerne foncé.
C'est les amandes brunes de la lassitude. Elle a des amandes amères dans le regard. Déjà. L'aîné se réveille auprès d'un homme endormi et passe pensivement sa main sur ses seins. "Quel étrange homme auprès de moi...". Dans son rêve, elle se débattait avec un nain dont les mains dissimulées par des gants vert-pomme lui tendaient une fraise rouge sang.



*****



Tout est fendu
_________________________________Les yeux,
Les lèvres
______________________Le sexe
__________________________Et la folie pendulière
___________________________________Du tic tac
_______________D'une poire trop mûre

___Des empilements de cheveux de sève durcie
____________Et ma peau de bûche ;

_______________bois sec


Lyudmila, in Objets trouvés (du collectif "Néon".)

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Message par Yelti » 25 janv. 2013, 23:40

TIPASA

Halte à l'amour qui mord à la grève
Lorsque la vie saute du lit, fraîche et gaie et en bras de chemise
Lorsque la mer se frotte les yeux, un grand sourire au goût des vagues
Comme Tipasa qui se réveille
Avec un rêve entre les doigts
Et sur les arbres, joyeuses
Les fleurs dansantes du moi de Mai.

Ali Elhadj Tahar, Poèmes bleus

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 26 janv. 2013, 14:43

Je fais de la poésie sans m'en rendre compte en recopiant des poèmes. Hélas, le s était là.

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Réda

Message par Yelti » 28 mars 2013, 22:59

Même si ça ne vaut pas la magnifique lecture qu'un certain martiniquais m'en a fait avec son accent adorable lors d'un récital privé picorant dans mes recueils, je vous mets ceci pour les amateurs de rimes berrichonnes :


MORT D'UN POETE

On lit, dans une étude sur la poésie,
Que les poètes obsédés par la mort aujourd'hui
S'inspirent de la tradition germanique.
Cette remarque est une fleur séduisante de la culture,
Mais les sentiers de sa peur n'étaient pas fleuris,
Ils serpentaient autour d'une obscure caverne
Avec sa litière de fumier d'homme et d'os,
Et jamais nul soutien, nul appel ne lui vint
D'aucune tradition germanique ou autre, non,
Il travaillait sous la menace d'une primitive massue.
Ainsi meurs fut le sens brutal de la langue étrangère
Qu'il traduisit tant bien que mal dans le goût de l'époque,
Rêvant parfois qu'un dieu lettré, par égard pour cette agonie,
Établirait son nom dans l'immortalité des livres.
Mais retenu du côté des sordides ancêtres,
Ignorant l'art du feu, dans la caverne il était seul
À savoir qu'il devait mourir de la même mort que les mots, les astres et les monstres.

Jacques Réda

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par hsdcdb » 29 mars 2013, 03:18

J'espère avoir l'honneur et le plaisir d'une prochaine occasion, et en attendant te remercie : j'aime beaucoup ce texte.
Hormis le mot "peur" qui me semble maladroit (exagéré peut-être, la paronomase insuffisante pour le justifier), tout le reste me plaît énormément.
Et que faudrait-il faire ? ( II,8 )

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 29 mars 2013, 23:42

Le plaisir et l'honneur furent partagés.

Je ne comprends sincèrement pas en quoi le mot "peur" n'est pas pertinent dans un poème sur la peur de la mort. Le mot est générique, et sied mieux que par exemple l'"angoisse", trop associé à certains courants de pensée particuliers, à un poème qui parle de la peur de la mort non comme quelque chose qui tient de la pensée du romantisme allemand, ou du freudisme ou de l'existentialisme, mais justement comme d'une peur universelle et ancestrale. Pourrais-tu développer ton sentiment ?

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pierre bouillot

Message par Yelti » 20 avr. 2013, 12:23

Une vieille maison mélancolique et vide,
Enracinée ici par de lointains aïeux
Sur un épaulement de terrain broussailleux,
Au-dessus d'un ruisseau bondissant et limpide.

En haut, de grands sapins qui montent à l'assaut
D'un sommet dénudé. Par endroits, des fougères,
Des genêts odorants, de légères bruyères.
En bas, d'énormes rocs baignés par le ruisseau.

Ouvrons la lourde porte à la fois noire et brune,
Où saillent fortement les veines du bois dur.
Un couloir est taillé dans l'épaisseur du mur.
Une deuxième porte. Une salle commune.

Imaginons la vie en ce lieu calfeutré
Qu'éclaire juste assez la petite fenêtre,
Au fond d'une embrasure étroite où ne pénètre
Qu'un reflet du dehors, par les rideaux filtré.

Quand on lève la tête, on voit pendre aux solives
Jambons et saucissons que le paysan fait ;
Trophée appétissant au truculent effet,
Ce rustique décor, comme tu l'enjolives !

Ah ! l'odeur du pain bis et du lard refroidi,
Du vin que l'on se verse et du fricot qu'on hume,
De la soupe qui bout et du foyer qui fume,
Quand on a la fringale et qu'il sonne midi !

L'horloge à balancier qui bat chaque seconde,
Haute jusqu'au plafond, présente à tout moment,
Mêle son nostalgique et calme tintement
Au relent aigre et doux de l'étable profonde.

[...]



(Je vous ampute la moitié du poème, ayant été si déçu qu'un si bon début avec un alexandrin si clinquant et si pesé soit trahi par une suite où la langue et le vers sont bien moins maîtrisés.)

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 12 mai 2013, 23:42

Pour affronter la nuit
Il faut se dire que l'on est plus obscure qu'elle

Jean-Luc Despax

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par Yelti » 09 juin 2014, 10:09

Le feu ne brûle pas
c'est un radiateur
qui gargouille parfois
comme s'il avait peur

comme s'il avait froid
les deux clochers d'Arbois
sonnent à la même heure
ce soir pas d'apéro

en face le carreau
du toit capte un dernier
reflet du jour d'octobre
et puis la cheminée

crache un peu de fumée
que le ciel enveloppe
et va porter ailleurs
comme lettre à la poste

de ma table je vois
la rue par la fenêtre
j'écris ce que je vois
pour ne pas disparaître

je serai disparu
avant demain peut-être
un vieillard dans la rue
croira me reconnaître

ce ne sera pas moi
ce ne sera personne
mourir ne surprend pas
celui qui n'est personne

Jean-Claude Pirotte.

(Les deux derniers vers te ferait une superbe signature pépérou, non ?)

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Re: Anthologie de poésie contemporaine

Message par personne » 09 juin 2014, 21:34

Quoi, voilà que tu voudrais me changer la signature, en m'embobinant de jolis mots, devant ces nobles galeries ? Mais je signe moi-même avec assez de droit, et je ne permets pas qu'un autre s'en réserve.

Pas mal du tout, ce Pirotte...
J'aime être la bonne personne au mauvais endroit et la mauvaise personne au bon endroit.

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