Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

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Yelti
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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par Yelti » 07 juin 2014, 18:05

Manquaient deux points. En même temps c'était une manière de me vanter grâce à la notoriété d'autrui, ce qui est complétement bidon.

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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par personne » 07 juin 2014, 20:16

Zut, je pensais qu'il s'agissait de la comparaison en question ! En même temps, ç'aurait été culotté de l'écrire, non content de le dire. Et puis bon, comme je connais rien de Kant...
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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par Yelti » 07 juin 2014, 20:31

Si je me souviens bien (il est fort possible que je me souvienne mal), c'est lié au que dois-je (absolument) faire ?, que m'est-il permis d'espérer ? de Kant. En très gros (dommage que Poupi ne soit pas là pour affiner), Kant fonde une morale tellement contraignante (il n'y a pas de saint heureux) qu'elle implique une récompense post mortem, sinon "ce serait trop pas juste". Il nous l'avait expliqué avec des mots super compliqués et des phrases super longues pendant une bonne heure, après quoi il avait repris son souffle et dit : ça, c'est la manière universitaire de vous l'exposer, maintenant je vais vous le réexpliquer avec Caliméro.

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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par personne » 07 juin 2014, 20:50

Une conduite où le sérieux devrait justifier la reconnaissance, en fin de compte ? Que les philosophies manquent parfois d'humour !
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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par Yelti » 07 juin 2014, 21:12

Je ne vois pas vraiment ce que tu veux dire.

En même temps, c'est un commentaire sur une synthèse sûrement erronée. Je précise d'ailleurs que la morale de Kant ne doit pas être guidée par l'espoir d'une récompense, mais d'une manière impérative. Pour lui, notre conscience nous permet de juger de ce qui est bien et de ce qui est mal, aussi facilement dit-il que distinguer la main gauche de la droite. « Il n’est besoin ni de science ni de philosophie pour savoir ce qu’on a à faire, pour être honnête et bon, même sage et vertueux », dira-t-il aussi. De là, il faut faire ce que nous dicte notre conscience, absolument, faire ce que l'on doit faire, absolument, et non faire ce que l'on doit faire pour [être heureux, etc.]. Ce qui fait qu'une vie vertueuse conduit certainement au malheur (Kant donne l'exemple, je crois me souvenir, d'un mec menacé par des mafieux qui lui demande de dénoncer un pote, et qui, comme il refuse vertueusement, font de sa vie un enfer). Du coup, comme c'est trop pas juste, il faut postuler l'existence d'un Dieu moral qui récompense les gentils à la fin.

Bon ok, c'est un peu les bronzés font de la philosophie à partir de vieux souvenirs tout ça, comme dirait FOG.

Parlons plutôt de la finitude temporelle qui n'est pas une finitude mais une "arrêtitude" (il nous manque très étrangement un paradigme fourni pour parler du temps sans filer fautivement la métaphore de l'espace...)

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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par personne » 07 juin 2014, 22:27

Oui, on s'était bien compris. J'entends par reconnaissance ce que tu exprimes par ce Dieu moral père noël. Finalement, l'idée amène à justifier le malheur, tandis qu'on pourrait le rendre bien moins nécessaire. Il n'est pas dit qu'à la fin, l'on tire une sournoise satisfaction à se rendre malheureux, ou passer pour tel, en prétextant une morale intransigeante...

Et pour ton aphorisme, "arrêté" est un adjectif très expressif, nul besoin de le réduire au temps, puisqu'il inclut aussi le désir suspendu.
Après, si tu y tiens, "nous sommes des êtres interrompus" marche pas mal.
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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par Yelti » 07 juin 2014, 23:21

Je ne cherche pas à reformuler, juste à montrer par ce saugrenu "arrêtitude" (certes l'arrêt, existe, notamment dans la signalétique canadienne ^^), qu'on manque d'un vocabulaire fourni pour parler du temps, de la durée. (C'est l'histoire du sucre et de l'eau de Bergson.) L'idée était de dire qu'on exprime souvent notre mortalité comme une finitude, la concevant, par analogie mathématique, comme un segment. Ce qui rend la chose plus acceptable, on se dit qu'on est fini, qu'on doit se contenter d'un segment, mais que ce n'est pas si mal et que de toute façon ce qui est en dehors de ce segment n'est rien pour nous. Sauf que le temps n'est pas l'espace, et que si la vie était un segment, un espace fini, on se baladerait sereinement dedans sans jamais s'approcher trop près du bord. C'est l'erreur, il me semble, de l'analogie que fait Wittgenstein entre la vie / la mort, qui sont des portions de temps, et le champ de vision / le non-champ de vision, qui sont des portions d'espaces. Or l'un est incommensurable à l'autre. La vie n'est pas un espace fini, mais une durée qui s'arrête. L'hors du champ de vision n'est rien pour nous, mais pas la mort, parce que c'est un rien vers lequel on saute à pied joint à chaque seconde. Si on peut se consoler avec des analogies spatiales, replacer notre caractère arrêté dans la spécificité du temps ne peut mener qu'à la révolte. Et je suis un fervent fomenteur de révoltes contre la mort..


Il y a aussi, en effet, peut-être, l'idée, que la mort ne correspond pas à un accomplissement, mais à un arrêt arbitraire toujours inopportun. Je ne pensais pas aux développements vers le désir frustré, mais c'est intéressant, cher interrompu qui pour trouver un substitut à sa frustration horizonne un carnaval à la ville.

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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par personne » 08 juin 2014, 02:45

Si l'on ne peut se contenter d'un segment pour la vie, c'est bien parce que notre désir nous projette au-delà, me semble-t-il... Par confrontation avec l'impossibilité d'éterniser et de s'éterniser. Sauf erreur de ma part, Bergson parle de durée pour la conscience, et son effort. Cette durée, elle est animée par le défi, c'est la révolte dont tu parles. Et je pense que le désir frustré de ma campagne démasquée n'est pas autre chose. (Je clair, Luc, ne pas ?)

Tiens, ça me rappelle ça (et oui, c'était une excellente découverte que celle de Dagerman !) :
Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !
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Message par Yelti » 08 juin 2014, 12:13

On pourrait se contenter d'un segment de vie ! Mais la vie n'est pas un segment, c'est quelque chose qui s'arrête, ou plutôt, qui est arrêté.

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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par personne » 08 juin 2014, 14:57

C'est vrai, j'ai m'être mal exprimé ! On pourrait, mais pas sans étouffer nos perceptions et notre curiosité. Il faut s'imposer une rigueur semblable à des œillères, il faut croire impérativement à ce segment en dépit de l'arrêt, et de toutes les arrêtes vertigineuses.
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Message par Yelti » 10 juin 2014, 21:21

En écho...

"... de la lumière incertaine, vacillante et souvent faible que des hommes et des femmes, dans leur vie et dans leur œuvre, font briller dans n'importe quelles circonstances et répandent sur l'espace de temps qui leur est donné sur terre..." (Hannah Arendt)

Il ne nous est donné aucun espace de temps sur terre. Nous sommes faits de temps.

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Message par Yelti » 11 juin 2014, 20:48

Qu'il n'y ait pas lieu de "s'affoler" et que ça paraisse un peu con-con, en effet, de reprendre chaque expression qui spatialise le temps comme on le ferait pour reprendre quelqu'un d'une faute d'orthographe et comme je l'ai fait avec la citation d'Hannah, certes. (En sachant que l'expression "espace de temps" y va fort, et même si je n'ai pas connaissance de la v.o. j'ai du mal à croire qu'Arendt n'ai pas choisi soigneusement ses mots.) Toutefois, tu sembles dire qu'il n'y a rien de bien inédit à ce distinguo alors même qu'en disant "l'espace lui aussi est fait de temps" tu lâches une bombe philosophique. Même Bergson n'allait pas jusque là. Heidegger peut-être, même s'il ne l'aurait pas dit comme ça. Et la spatialisation du temps n'est pas qu'une métaphore mathématique, elle justement propre à la conception du temps physique, à la conception physique du temps. Le postulat de la science physique, c'est justement que l'espace existe en tant qu'espace hors de l'esprit, et que le temps n'en est que la quatrième dimension (sans aller dans les paradigmes de physique moderne qui spécule sur n dimensions en plus jusqu'au vertige...) dont on est même pas bien sûre qu'elle est une flèche. La conception habituelle, c'est que le temps fait partie de l'espace, pas que l'espace soit fait de temps. C'est pas peu de le dire. Ce temps "irréversible", c'est un temps ontique, non physique.

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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par Yelti » 13 juin 2014, 15:11

l'homme n'a pas inventé la philosophie pour s'en faire un doudou ou un cahier de doléances
Non mais la littérature, oui. Et je n'ai jamais prétendu faire de la philosophie en aphorisant.

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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par Yelti » 13 juin 2014, 15:12

Captain Boney Boone a écrit : "ontique", si par là tu entends le temps qui se conclut par la mort. .
Le temps qui est une "vibration" de l'être, et non le temps qui est une dimension du "réel". (Je deviens un Heideggerien du Dimanche OO, exorcisez moi.)

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Re: Au Chat Forisant (Maximes et aphorismes pour l'Univers)

Message par Yelti » 17 juin 2014, 21:35

Il en était éperdument épris d'amitié.

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