Métaphysique

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Battologio
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Re: Métaphysique

Message par Battologio » 26 août 2012, 00:29

Qu'on me pardonne une fois de plus, je me permets d'en revenir à un message du Captain que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire puisque j'y trouve les questions à la fois sincère et très bien posées, pour autant que je les comprenne. Je me permets de le reciter en intégralité :
Captain Boney Boone a écrit :Tiens, je veux interroger les grands lecteurs de philosophie qui parcourent ce forum.
J'imagine être dans le cas de certains, peut-être des angoissés ou des déprimés, incapables d'appréhender la mesure ou d'en faire un outil, qui entretiennent une relation ambigüe à la philosophie fondamentale. J'oscille. D'une affirmation nihiliste ultime, répondant aussi bien à une nécessité de simplification, donc de mise à portée radicale, que de silence, je bascule vers un sentiment de mystère dans toute chose, impérieux, sourd, absolument distant, tellement vrai qu'il ne l'est pas.
Je surpasse en permanence un intervalle fourmillant et léger. Un endroit où les hommes échangent. Où choisir n'est plus un coup de marteau pour enfoncer un crâne, mais un coup de marteau pour enfoncer un clou.
Ces lectures peuvent-elles satisfaire ? Peuvent-elles être autre chose qu'une alimentation permanente ?
Nous vivons l'interrogation philosophique comme le premier désir qui n'est pas voué, même momentanément, à être comblé.
Arrivent-ils, ces moments de paix, quand l'esprit tâche de faire sien la pensée d'un autre ? La révélation peut-elle être de source humaine ?
Finalement, n'y a-t-il pas urgence intime de bannir cette rayure du disque qui tourne, de la manière la plus irrévocable qui soit, en brisant de toute sa puissance ce mouvement incessant, sans pour autant renoncer à la vie comme le font les bonheuristes que sont les méditants, les traversés de transe, les shamans ?
Je commencerai par une réponse d'expérience, puisque la question est posée sur ce mode. Cela fait maintenant 5 ans que j'étudie la philosophie et que je me passionne pour elle, ce qui ne me donne aucune autorité mais un peu de pratique de ses voies, de ses joies et de ses peines, de ses buts et de ses moyens.
Une phrase, d'abord, essentielle à mon sens, ressort du questionnement boonien. "Nous vivons l'interrogation philosophique comme le premier désir qui n'est pas voué, même momentanément, à être comblé." Je ne peux m'empêcher d'y voir immédiatement les mots d'un auteur sur (et avec) lequel j'ai beaucoup travaillé, Maurice Merleau-Ponty, qui écrit entre autres que "la philosophie ne pose pas des questions et n'apporte pas des réponses qui combleraient peu à peu les lacunes." C'est ce qui est à mon sens le plus difficile et le plus essentiel à comprendre à propos de la philosophie : comment elle poursuit un but tout en n'étant pas progrès linéaire, avancée tangentielle, réponse définitive à des questions résolues une par une.
Il y a une opposition presque déplacée dans les propos du capitaine entre la satisfaction que peut procurer l'étude philosophique et le fait qu'elle pourrait n'être qu'"alimentation permanente". C'est précisément les deux à la fois qu'il faut tenir, ou aucun des deux. La satisfaction (et je t'assure qu'elle existe, que le repos et la joie intellectuelle qu'on peut y trouver sont à mon sens inégalés) est précisément à la fois dans la nourriture considérable qu'elle nous apporte et dans l'assurance que rien de tout ça n'est figé, définitif au mauvais sens du terme, celui d'une condamnation sans appel, mais toujours à replonger dans le feu de l'interrogation.
Ce qui ne veut pas dire, pour moi, que la philosophie soit un royaume d'incertitudes dirigé par des indécis. Mais elle demande, il est vrai, d'être prêt à être toujours en chemin, précisément parce que si elle est un effort humain, elle ne prendra jamais la forme où la force d'une révélation. C'est tout à la fois sa grandeur et sa misère. Il ne faut attendre d'elle que ce qu'elle peut donner. L'urgence ô combien réelle de faire place à la vie ne bannit pas la philosophie, elle n'en élimine qu'un ersatz mal compris qui consisterait à laisser la vie de côté pour se perdre en questionnements abstraits. Mais la philosophie n'est pas une activité comme les autres, qu'on pratiquerait entre la piscine et le poney les mercredis de mauvais temps. C'est la vie elle-même, mais qui au lieu de se laisser vivre se retourne sur elle-même pour s'interroger. Là où les animaux ne font "que" vivre, nous avons cette faille béante, cet écart avec nous-même qui nous permet à nous, vivants, d'interroger la vie. Comme je tâche d'être bref, car je tiens à garder le ton de la discussion, je finirai ainsi : du revers de main nihiliste au mystère mystique du monde il ne faut choisir aucun, car la satisfaction ne s'obtiendra pas par un tel choix radical et relativement immotivé. Elle est au contraire dans le travail patient et enchanteur à la fois qui consiste à se plonger dans une pensée, à y conserver son équilibre pour ne pas la laisser nous engloutir tout en la laissant nous découvrir un pan de monde que nous ne connaissions pas, à s'en nourrir sans s'en revêtir, à y puiser sans s'y noyer, et ainsi, petit à petit, à voire se dessiner la carte de ce monde extraordinaire qui n'est que l'envers problématisé du nôtre pour peut-être, à terme, tenter d'en redessiner soi-même les contours.

J'aurais encore tant à dire sur ces questions et le débat qui s'en suivit, je bous de frustration de n'arriver que si mal à exprimer ma pensée mais j'aurai je n'en doute pas des occasions d'y revenir, de préciser et de développer (et puis je ne voulais pas dès mon presque premier post recommencer à me friter avec Poupi, ça n'aurait pas été correct) C'est tout Nietzsche qui est en question dans les interrogations de Boney et les réponses de Poupi, c'est dire (ou pas) l'importance du sujet.
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Re: Métaphysique

Message par Poupi » 26 août 2012, 09:33

et puis je ne voulais pas dès mon presque premier post recommencer à me friter avec Poupi, ça n'aurait pas été correct
Je te prends quand tu veux.

Je saisi au passage l'occasion de dire que si j'ai été à l'origine de ton départ, sache qu'un implacable repentir n'a eu cesse de me tourmenter depuis. Les autres sont témoins.

Et tiens donc, je suis entièrement d'accord avec ce que tu viens d'écrire. Comme quoi, l'air pur t'a fait du bien. :)

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Re: Métaphysique

Message par Battologio » 26 août 2012, 13:16

Je disais ça en toute amitié bien sur et j'ajoute que, dût ta modestie en souffrir, nos joutes passées n'ont rien a voir avec mon départ, bien au contraire ! Je suis désolé si j'ai pu donner cette impression, ce n'etait qu'une coïncidence bien malheureuse.
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Re: Métaphysique

Message par Poupi » 13 sept. 2012, 12:53

Bon, ça suffit. Le forum est plongé dans une léthargie pacifiste tout à fait scandaleuse. Il est temps de déterrer la hache de guerre et de se foutre sur la gueule.

Je vais donc profiter du retour de Battologio pour lui adresser quelques philippiques. J'ai en effet pris soin de relire de la phénoménologie, science infâme défendue par notre universitaire de service, et d'affiner mon acerbité à son égard.

Je dois cependant démarrer ces outrances par des nuances polies ; en effet, la relecture de Ricoeur, puis de Husserl à travers lui, que j'ai effectuée, m'a amené à voir bien des choses ô combien intéressantes dans la phénoménologie. Sa structure de pensée m'est notamment apparue comme en réalité profondément théologique.
J'ai cependant un irréductible grief à son encontre. Même deux irréductibles griefs. Même trois, en fait.

Le premier, c'est, pour employer le propre vocabulaire de la phénoménologie, de n'aborder la subjectivité que par une seule prestation (leistung), celle de la connaissance. Ou d'en faire la prestation la plus intéressante de la subjectivité. De manière générale, j'exècre toutes les philosophies qui veulent concentrer la vérité de la subjectivité dans une seule de ses prestations (comme le fait, par exemple, une certaine vulgate deleuzienne avec le désir). Je prétends, moi, qu'il ne faut même pas aborder la subjectivité par une de ses prestations, mais faire l'inverse ; je prétends que la subjectivité pure et per se est atteignable directement, et qu'elle est magistralement atteinte par Kierkegaard (qui, on l'aura compris, jouit de bien de mes faveurs). Bref, je veux une philosophie qui soit une subjectivité totale, et non une subjectivité de la connaissance.

Le deuxième grief peut s'entendre comme une reprise de la critique de Foucault à propos du doublet empirico-transcendental. Effectivement, la phénoménologie opère un dédoublement de l'homme qui est pour moi tout simplement faux et se doit d'être dépassé.

Enfin, je n'aime pas la démarche phénoménologue qui épuise la philosophie dans la fondation de la connaissance. Le pauvre Husserl, comme ses successeurs, a passé sa vie a travailler et retravailler les mêmes outils théoriques. La phénoménologie ne pense pas suffisamment sa relation avec les autres domaines de la philosophie, notamment l'éthique.


Et pan dans ta gueule.

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Re: Métaphysique

Message par Battologio » 13 sept. 2012, 14:49

Désolé d'être bref mais je te répondrai tout simplement : tes critiques sont tout à fait justifiées, elles s'adressent essentiellement à Husserl, et c'est tout. Le reste de la phénoménologie, à commencer par Husserl lui-même dans ses dernières oeuvres et sa réflexion magistrale sur le monde de la vie (Lebenswelt) n'a eu de cesse de critiquer ce postulat - qui soit dit en passant est probablement celui de l'essentiel de la philosophie antique et moderne, comme le dit si bien Bergson. On peut dire d'ailleurs qu'elle s'attache à un projet qui est loin d'être sans rapport avec celui de Bergson, celui d'une philosophie proprement "de la vie", qui n'est pas dupe des cadres de l'intelligence conceptuelle et de l'idéal de la mathesis universalis qu'elle suppose. La Krisis de Husserl est déjà fondamentale sur ce point. Lit Heidegger, Patocka, Merleau-Ponty, tu verras qu'ils ont très bien identifié les points faibles que tu cites, qu'ils ont consacré des oeuvre magistrales à en faire la critique, et je pense que l'on peut dire sans trop de risque qu'ils ont réussi sur ce point. Il s'agit d'ailleurs de plus en plus de remettre en cause radicalement le clivage sujet / objet, il est donc presque maladroit de formuler leur projet en terme de subjectivité, même si je vois très bien ce que tu veux dire.

En deux mots : ta critique de "la phénoménologie en général" s'applique essentiellement à l'idéalisme transcendantal de Husserl, point barre. La phénoménologie étant, selon ses propres mots, un mouvement et non une école, il est d'ailleurs très difficile d'en faire des critiques "en général."

Quant à Kierkegaard qui aurait traité de la subjectivité tout entière je suis dubitatif, mais n'ayant qu'une connaissance peu approfondie de ce vieux Soren, je garderai mes doutes pour moi.

Et pif.
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Re: Métaphysique

Message par Poupi » 13 sept. 2012, 16:41

Rhô, pas drôle.

Mais je trouve ça un peu léger de me renvoyer à des textes extérieurs. Et quand bien même je me focaliserais sur Husserl, j'ai foutrement du mal à imaginer une phénoménologie non-transcendantale.
Par ailleurs, je peux un peu élargir ma critique au projet même de la phénoménologie, qui se veut fondamentalement compréhension de la subjectivité, du sujet, et en même temps fondatrice des sciences. La compréhension de la subjectivité peut-elle s'opérer dans le cadre d'une philosophie qui cherche à fonder les sciences ? Ne faudrait-il pas mieux la chercher chez des philosophes comme Kierkegaard ou Montaigne ?

Enfin, ta réponse me semble appuyer ma troisième critique : le fait que la phénoménologie, qui se veut élaboration d'une méthode de philosophie, se prolonge indéfiniment. Évidemment, la quête philosophique n'est pas sensée se terminer, mais là, ce n'est pas le pèlerinage qui s'éternise, c'est sa préparation ! Cela fait aujourd'hui quatre-cinq générations que les phénoménologues fourbissent des outils théoriques sans dépasser cet espèce de stade des préliminaires qu'est leur pensée.

Poupi,
non mais baise-moi, putain !

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Message par Battologio » 13 sept. 2012, 17:56

Poupi a écrit :Mais je trouve ça un peu léger de me renvoyer à des textes extérieurs.
Je ne comprends pas cette phrase.

Si tu n'arrives pas à "imaginer" une philosophie non-transcendantale, je ne peux que te renvoyer au reste de la phénoménologie, qui est un mouvement très vaste et très riche et qui ne me parait aucunement tomber sous les définitions assez étroites que tu en donnes.

Sur la question subjectivité / fondation des sciences, il s'agit précisément de retrouver la subjectivité sous les cadres de la science, de voir comment la science naît, d'assister à la genèse de la connaissace - au lieu, comme Kant, de partir du principe qu'une science doit être possible pour en chercher les conditions de possibilité. La phénoménologie husserlienne se place bien en-deçà des sciences. Je ne vois pas la contradiction, pour une philosophie qui veut décrire le mouvement originaire de la pensée, à comprendre dans le même temps comment les sciences se construisent. Je ne vois pas comment l'inverse serait possible, une philosophie qui voudrait fonder la science sans se poser la question du "fonctionnement" de la connaissance ? Ce serait du cartésianisme-kantisme : on part du principe a priori que l'intelligence fonctionne sur le modèle de la géométrie. La phénoménologie mais aussi Bergson ont très bien montré le présupposé gigantesque et injustifiable que ça représentait. Tout ceci, encore une fois, ne s'applique d'ailleurs qu'à Husserl, les phénoménologues postérieurs tendant à repenser radicalement la "subjectivité", et qui replacent la philosophie dans le mouvement de la vie dont le but n'est pas la connaissance ou la contemplation.

Pour la troisième critique, à la limite je veux bien que Husserl tombe plus ou moins dessous, et encore, mais alors pour les autres je ne vois vraiment pas. Tous les phénoménologues, et à mon avis Husserl en premier lieu, on élaboré des philosophies très riches et concrètes. Dire que la phénoménologie se cantonne à élaborer des outils conceptuels, excuse-moi de dire ça comme ça mais ça revient à dire que tu n'as lu ni Heidegger, ni Levinas, ni Patocka, ni Merleau-Ponty, ni Richir...ni personne à part Husserl en fait. Pour ce qui est du contemporain, les grands auteurs phénoménologues d'aujourd'hui me paraissent même les seuls à proposer des philosophies originales complètes, tentant de rendre compte de l'intégralité de l'expérience humaine. Je ne comprends vraiment pas cette critique.
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Re: Métaphysique

Message par Poupi » 13 sept. 2012, 18:29

Je ne comprends pas cette phrase.
Bah, de me dire "lis donc le reste de la phénoménologie" sans davantage d'explications...
Sur la question subjectivité / fondation des sciences, il s'agit précisément de retrouver la subjectivité sous les cadres de la science
J'ai bien compris. C'est précisément la pertinence même de ce projet que je remets en cause.
Je ne vois pas la contradiction, pour une philosophie qui veut décrire le mouvement originaire de la pensée, à comprendre dans le même temps comment les sciences se construisent.
Parce que le projet scientifique est un dépassement du sujet (le Capitaine pourrait éventuellement nous donner son avis d'épistémologue de renommée mondiale là-dessus), voir un oubli du sujet si on se veut critique du rationalisme scientifique.
Je ne vois pas comment l'inverse serait possible, une philosophie qui voudrait fonder la science sans se poser la question du "fonctionnement" de la connaissance ? Ce serait du cartésianisme-kantisme : on part du principe a priori que l'intelligence fonctionne sur le modèle de la géométrie.
Non. Descartes et Kant, précisément, se posent la question du fonctionnement de la connaissance.

Perso, ce que je revendique davantage (sachant qu'il y a là-dedans une démarche d'adhésion positive à autre chose, mais aussi un effet de réaction et d’opposition à la doxa scientiste), c'est un véritable désintérêt, un désengagement de la philosophie pour la question scientifique. Désintérêt évidemment à relativiser ; une certaine culture scientifique fait partie de l'umanista chère à mon cœur.

Je relativise aussi ma troisième critique (et, puisque tu sembles me poser plusieurs fois la question, en phénoménologie, je connais Husserl, Ricoeur, Heidegger et Merleau-Ponty). Mais il me semble toujours que ce que j'aime chez ces braves messieurs, c'est ce en quoi ils s'éloignent de la phénoménologie : le Socrate de Merleau-Ponty, le christianisme chelou de Ricoeur, etc...
Souviens-toi que sur un forum, je m'exprime de manière emphatique.

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Re: Métaphysique

Message par Battologio » 13 sept. 2012, 20:01

En quoi la science moderne mathématisée est un "dépassement du sujet", il faudrait me l'expliquer. Un oubli du sujet oui, certainement. Une réduction du réel à tout ce qu'il y a de mesurable et un rejet de tout ce qui est psychique, vital et temporel (au sens de la durée bergsonienne), certainement. Mais je ne comprends pas bien l'expression "dépassement du sujet". Ce qui me parait évident c'est que quoi qu'elle soit elle est une activité d'un sujet, et qu'on ne peut pas la comprendre sans comprendre le sujet. La science est humaine, elle est le résultat de notre intelligence. Je ne vois pas bien le sens qu'il y a à critiquer une philosophie qui cherche à comprendre cela.

Ou alors, et je réitère, on cède au préjugé galiléen, comme Descartes et Kant. On considère l'ordre mathématique / géométrique comme la science par excellence, le mode de connaissance ultime de l'intelligence. C'est exactement ce que fait Descartes lorsqu'il définit la marche de la connaissance comme une suite de déductions géométriques, estimant que toute connaissance doit se régler sur le modèle de la géométrie. De même, Kant ne se demande pas ce qu'est la science, mais comment la science est possible (conditions de possibilité) et si son modèle est applicable en métaphysique. C'est évident et revendiqué dès la préface de la CRP. C'est ce que montre très bien Bergson dans les dernières pages de l'Evolution créatrice notamment.

Si tu as lu Merleau-Ponty, tu as pu constater toute la portée du dialogue qu'il a instauré avec la science et notamment avec la psychologie de la forme, comme beaucoup de philosophes de l'époque d'ailleurs. (Il a quand même enseigné la psychologie au niveau universitaire pendant des années durant sa carrière). Les réflexions de Husserl et Patcoka sur la géométrie, l'espace et les mathématiques en général sont des textes fondamentaux dans le dialogue avec la science. Ce sont de bons exemples du rapport nouveau à instaurer entre science et philosophie : une saine critique qui ne prétend pas rejeter en bloc les sciences, ni les considérer comme un donné, mais en faire la genèse et pouvoir, ceci fait, les utiliser à leur juste valeur.

Si je me suis permis de dire en gros "lis le reste de la phénoménologie", c'était par flemme et incapacité de faire tout un truc sur Heidegger et les post-heideggériens, dont la seule lecture suffit à mon avis à montrer qu'ils sont exempts du préjugé consistant à considérer l'existence comme une entreprise de connaissance - ce que tu avais l'air d'attribuer à l'ensemble de la phénoménologie.
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Message par Yelti » 13 sept. 2012, 21:46

Moi j'aime bien Heidegger... Il m'a valu un 16/20 à une explication d'un texte extrait de "dépassement de la métaphysique" auquel je n'ai rien compris, plus une remarque du prof qui a dit que j'avais bien compris l'enjeu du texte. :shock: Faut dire que j'ai pondu tout un tas de phrases que je serai bien en mal de vous expliquer. En tout cas soyez bien averti que la totalité de l'étant est livré au Gestehl, mûahahahaha !, que le Gestehl est un mode de l'aléthéia (à savoir de la vérité, non pas entendu comme l'exactitude de la représentation, mais comme dévoilement), que le Gestehl est destiné à l'homme pour être penser en tant que Gestehl, mais qu'il contient le Danger (mûahahaha), car il est le mode de dévoilement qui arrache l'être à l'occultation première depuis laquelle il s'avance dans le non-retrait, et le place en sûreté. Le Danger (mûahahaha) disais-je, qui n'est pas un danger parmi les dangers mais LE danger (MÛHAHAHAHAHA !) que se ferme à l'homme sa possibilité qui lui est la plus propre, à savoir celle de mourir (possibilité de mourir qui est l'être de l'homme, Menschsein, et que la mort biologique soit reconduite à la production massive de cadavres (mûahahahahaha.) !

Soyez averti, mais me demandez pas ce que tout cela veut dire..

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Re: Métaphysique

Message par Battologio » 13 sept. 2012, 22:00

Un scientifique feyerabendtien peut-être (du génial et rigolo auteur de "La science comme l'un des beaux arts")
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Re: Métaphysique

Message par Poupi » 14 sept. 2012, 07:52

En quoi la science moderne mathématisée est un "dépassement du sujet", il faudrait me l'expliquer.
Elle vise l'objectivité.
Après, si tu veux parler d'oubli et pas de dépassement, je suis d'accord.
La science est humaine, elle est le résultat de notre intelligence. Je ne vois pas bien le sens qu'il y a à critiquer une philosophie qui cherche à comprendre cela.
Scrogneugneu : je dis qu'il y a aussi la prétention, dans la phénoménologie, à rendre compte de la subjectivité. Et je pense qu'il est peu pertinent d'aller chercher la vérité de la subjectivité chez une philosophie qui cherche aussi à fonder les science. Et je dis qu'il vaut mieux aller la chercher chez Montaigne ou Kierkegaard.
Ou alors, et je réitère, on cède au préjugé galiléen, comme Descartes et Kant. On considère l'ordre mathématique / géométrique comme la science par excellence, le mode de connaissance ultime de l'intelligence. C'est exactement ce que fait Descartes lorsqu'il définit la marche de la connaissance comme une suite de déductions géométriques, estimant que toute connaissance doit se régler sur le modèle de la géométrie. De même, Kant ne se demande pas ce qu'est la science, mais comment la science est possible (conditions de possibilité) et si son modèle est applicable en métaphysique. C'est évident et revendiqué dès la préface de la CRP. C'est ce que montre très bien Bergson dans les dernières pages de l'Evolution créatrice notamment.
Mais tu re-répètes les mêmes choses ! T'as fini de me traiter de cartésio-kantiste, non mais ?
Tu tiens absolument à ce que la philosophie se pose la "question des sciences", et tu dis que si on y répond pas avec la phénoménologie, on y répond avec Descartes. Moi, je ne veux même pas poser la question.
Si tu as lu Merleau-Ponty, tu as pu constater toute la portée du dialogue qu'il a instauré avec la science et notamment avec la psychologie de la forme, comme beaucoup de philosophes de l'époque d'ailleurs. (Il a quand même enseigné la psychologie au niveau universitaire pendant des années durant sa carrière). Les réflexions de Husserl et Patcoka sur la géométrie, l'espace et les mathématiques en général sont des textes fondamentaux dans le dialogue avec la science. Ce sont de bons exemples du rapport nouveau à instaurer entre science et philosophie : une saine critique qui ne prétend pas rejeter en bloc les sciences, ni les considérer comme un donné, mais en faire la genèse et pouvoir, ceci fait, les utiliser à leur juste valeur.
Rien à foutre.
(souviens-toi que j'emphatise, radicalise et caricature ma propre pensée).

En tout cas soyez bien averti que la totalité de l'étant est livré au Gestehl, mûahahahaha !, que le Gestehl est un mode de l'aléthéia (à savoir de la vérité, non pas entendu comme l'exactitude de la représentation, mais comme dévoilement), que le Gestehl est destiné à l'homme pour être penser en tant que Gestehl, mais qu'il contient le Danger (mûahahaha), car il est le mode de dévoilement qui arrache l'être à l'occultation première depuis laquelle il s'avance dans le non-retrait, et le place en sûreté. Le Danger (mûahahaha) disais-je, qui n'est pas un danger parmi les dangers mais LE danger (MÛHAHAHAHAHA !) que se ferme à l'homme sa possibilité qui lui est la plus propre, à savoir celle de mourir (possibilité de mourir qui est l'être de l'homme, Menschsein, et que la mort biologique soit reconduite à la production massive de cadavres (mûahahahahaha.) !
Enfer et putréfaction.

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Re: Métaphysique

Message par Battologio » 14 sept. 2012, 09:31

Poupi a écrit :Scrogneugneu : je dis qu'il y a aussi la prétention, dans la phénoménologie, à rendre compte de la subjectivité. Et je pense qu'il est peu pertinent d'aller chercher la vérité de la subjectivité chez une philosophie qui cherche aussi à fonder les science. Et je dis qu'il vaut mieux aller la chercher chez Montaigne ou Kierkegaard.
Et moi, nom de bi de nom de bi, je te dis que ça n'a rien d'absurde puisque la phénoménologie et sa recherche de la subjectivité se place AVANT une quelconque fondation ou même question des sciences. Ce n'est pas du tout le but premier de la phénoménologie de fonder les sciences mathématiques / expérimentales. C'est une philosophie de l'existence ("subjectivité" n'a plus vraiment de sens à partir de Heidegger), qui notamment chez Husserl se préoccupe de la science, mais seulement comme une activité du sujet connaissant. A partir du moment où la subjectivité n'y est jamais considérée "à partir" de la science il n'y a aucune raison pour la considérer comme incapable de rendre compte de l'expérience humaine juste parce qu'à un moment donné elle parle de la science.

J'ajoute que je ne comprends pas trop ce refus a priori d'un rapport philosophie science... Voire pas du tout du tout. Et je n'ai jamais dit que tu étais cartésiano-kantien, je ne me serais pas permis.
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Re: Métaphysique

Message par Battologio » 14 sept. 2012, 09:31

Poupi a écrit :Scrogneugneu : je dis qu'il y a aussi la prétention, dans la phénoménologie, à rendre compte de la subjectivité. Et je pense qu'il est peu pertinent d'aller chercher la vérité de la subjectivité chez une philosophie qui cherche aussi à fonder les science. Et je dis qu'il vaut mieux aller la chercher chez Montaigne ou Kierkegaard.
Et moi, nom de bi de nom de bi, je te dis que ça n'a rien d'absurde puisque la phénoménologie et sa recherche de la subjectivité se place AVANT une quelconque fondation ou même question des sciences. Ce n'est pas du tout le but premier de la phénoménologie de fonder les sciences mathématiques / expérimentales. C'est une philosophie de l'existence ("subjectivité" n'a plus vraiment de sens à partir de Heidegger), qui notamment chez Husserl se préoccupe de la science, mais seulement comme une activité du sujet connaissant. A partir du moment où la subjectivité n'y est jamais considérée "à partir" de la science il n'y a aucune raison pour la considérer comme incapable de rendre compte de l'expérience humaine juste parce qu'à un moment donné elle parle de la science.

J'ajoute que je ne comprends pas trop ce refus a priori d'un rapport philosophie science... Voire pas du tout du tout. Et je n'ai jamais dit que tu étais cartésiano-kantien, je ne me serais pas permis.
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Re: Métaphysique

Message par Poupi » 14 sept. 2012, 11:47

Je ne dis pas que la phénoménologie est absurde. Je dis que pour moi, une philosophie qui veut penser la subjectivité, ou l'existence humaine, n'a pas à se soucier de choses aussi futiles que les sciences ou l'épistémologie.
Mon dénigrement de l'intérêt pour les sciences tient à la fois de l'adhésion positive à autre chose (y'a quand même des trucs bien plus importants que la science) et d'une réaction hostile à nos mentalités contemporaines, qui perdent leur temps à causer science pour tout et n'importe quoi.

Cartésiano-kantien ta mère, d'abord.

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