Citations marquantes

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Aragathis
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Citations marquantes

Message par Aragathis » 04 sept. 2008, 16:59

Postez sur ce sujet des citations qui vous ont marqués : chansons, romans, nouvelles, poèmes... Toute forme d'expression littéraire est la bienvenue tant que c'est beau!


Je commence en citant la dernière page d'Effroyables jardins (Michel Quint):
" Tout cela papa, la valise de frusques, tes frasques d'instituteur-clown, le pauvre récit de Gaston, c'était rangé, enfoui dans mes placards intimes. La sourde trace de notre rendez-vous manqué en gare de Lille, mon cauchemar familier.
J'ai tout ressorti, tout épousseté.
Demain, ce sont les heures ultimes du procès d'un type honorable, à en croire certains emmédaillés, bien qu'il ait commis, çà et là, sous un autorité autoproclamée "gouvernement de l'Etat français", durant les balbutiements d'une carrière qui commençait au secrétariat de la préfecture de Bordeaux et deviendrait celle d'un grand commis de l'Etat, quelques crimes, mais si fugaces à dire le vrai, si involontaires et si tôt regrettés! Mais tout de même des crimes contre l'humanité... Parce que Vichy a eu lieu, parce que les parenthèses n'existent pas dans l'Histoire, que l'humanité profonde, la dignité, la conformité au bien moral échappent au droit, à la légalité! Il me semble ainsi que ce train m'emporte au procès d'un ogre et d'un monstre. Et qu'il est de mon devoir de t'y représenter, papa, ainsi que Gaston, Nicole, Bernd et les autres, ces ombres douloureuses, d'où qu'elles soient, parce que cet homme-là, qui tente de faire de son procès une mascarade, qui joue les pitoyables pitres, aucun des ennemis d'alors ne fut pire et beaucoup d'entre eux l'auraient haï de trahir toute dignité.
Alors on va voir si la dignité d'un prétoire qui a laissé un tel bourreau jouir encore des miettes de liberté, comme s'il avait en capitalisation indivise tout le temps, toute l'éternité volée à ceux qu'il déporta, on va voir si cette dignité splendide d'hermine et de pourpre s'accorde du sens du macabre et de l'humour. Le nom de l'accusé? Je me souviens, à peine, d'un écho brutal, comme d'une gifle méprisante, et, et même cela je veux l'avoir oublié demain, pour ne garder en mémoire, que ceux des êtres humains qu'il déporta de la vie.
J'aurai demain aux yeux de grands cernes soulignés de noir, aux joues un plâtras de faux macchabée. J'essaierai, papa, d'être tous ceux-là dont les rires ont fini dans des forêts de hêtres, des taillis de bouleaux, là-bas, vers l'aube, et que tu tentas de ressuciter. Je tâcherai aussi d'être toi qui n'as jamais perdu la mémoire.
De mon mieux. Je ferai le clown de mon mieux. Et peut-être ainsi je parviendrai à faire l'homme, au nom de tous. Sans blâââgue! "

Edit: coquilles
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Message par hsdcdb » 11 sept. 2008, 07:15

Cri d'orgueil en même temps que cri d'espoir enfin libéré, signe d'une nouvelle vie qui s'offre à nous et de laquelle nous sommes les seuls maîtres, je vous offre la dernière phrase d'un roman qu'il faut connaître :
Je suis celui qui marche, une vipère au poing.
(Hervé Bazin)
Et que faudrait-il faire ? ( II,8 )

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Message par Aragathis » 11 sept. 2008, 14:13

Eeeeeh, je viens de me faire couper l'herbe sous le peton! C'est la citation que je venais placer :o ! Pour la peine en voici une autre, tirée de La Besace (La Fontaine) :
"Le Fabricateur souverain (...) fit pour nos défauts la poche de derrière et celle de devant pour les défauts d'autrui."
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Message par Aragathis » 12 sept. 2008, 17:12

Captain Boney Boone a écrit :
Hervé Bazin a écrit :Je suis celui qui marche, une vipère au poing.
Elle est extraordinaire ! J'ai lu peu de phrases si courtes et pourtant si puissantes, c'est à la fois extrêmement concentré et clair, ça ne nécessite aucun contexte… C'est absolument splendide ! J'en écrirais un roman ! (Cette virgule, oh, cette virgule !)

Merci hercule (et Aragathis, par anticipation annulée), vous m'avez donné une furieuse envie de lire ce livre. (Ah, le pouvoir des mots, on ne s'en pâmera jamais assez)
Je suis entièrement d'accord avec toi, captain. Cette citation est l'une des plus puissante que je connaisse, et le fait qu'elle soit si courte ne fait qu'ajouter à son impact. Le livre lui-même est très agréable à lire!
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Message par Aragathis » 12 sept. 2008, 17:15

Une autre, de Stephen King:
"Si fiction et politique arrivent un jour à être réellement interchangeables, je me tuerai : je ne saurai pas quoi faire d'autre. La politique, ça change toujours. Les histoires, jamais."
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Message par Aragathis » 12 sept. 2008, 22:16

Le personnage qui graffite ça sur un tableau d'affichage de sa fac proteste ainsi contre la tendance des profs de littérature (pardon Hasdcdb, Groopy et les autres, c'est pas du tout pour vous!) de ne pas pouvoir analyser une histoire sans établir un parallèle entre les relations socio-sexuelles des divers éléments des oeuvres et les moeurs des auteurs, qui sont la preuve flagrante que l'écriture est là pour dénoncer les actes politiques des tyrans en montrant le rapprochement qu'on peut faire entre les pointes des vaisseaux spatiaux, qui évoquent de gigantesques mondes socio-phalliques, et la métaphore qu'établit leur vitesse de propagation dans l'espace. J'exagère à peine ce qu'a dit l'auteur, et l'auteur exagère à peine ce qui se dit parfois!
Le personnage avait essayé de dire que parfois les auteurs n'écrivent pas pour dénoncer, mais pour écrire, partager... On lui avait rétorqué que l'écriture et la politique, c'était pareil.
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Message par hsdcdb » 14 sept. 2008, 00:35

Aragathis a écrit :
Captain Boney Boone a écrit :
Hervé Bazin a écrit :Je suis celui qui marche, une vipère au poing.
Elle est extraordinaire ! J'ai lu peu de phrases si courtes et pourtant si puissantes, c'est à la fois extrêmement concentré et clair, ça ne nécessite aucun contexte… C'est absolument splendide ! J'en écrirais un roman ! (Cette virgule, oh, cette virgule !)

Merci hercule (et Aragathis, par anticipation annulée), vous m'avez donné une furieuse envie de lire ce livre. (Ah, le pouvoir des mots, on ne s'en pâmera jamais assez)
Je suis entièrement d'accord avec toi, captain. Cette citation est l'une des plus puissante que je connaisse, et le fait qu'elle soit si courte ne fait qu'ajouter à son impact. Le livre lui-même est très agréable à lire!

Ce roman, Vipère au poing est en effet splendide. Parodiant Corneille, l'on peut dire que Bazin "pour un coup d'essai a fait un coup de maître". Le deuxième volume est fort intéressant également : La Mort du petit cheval. En revanche, la dernière époque, Cri de la chouette me plaît beaucoup moins car toute la colère de l'enfance et du début de l'âge adulte s'est essoufflée. Le narrateur y semble impuissant. Désillusions, acceptations forcées égrènent l'histoire. A lire tout de même pour une légère touche de quelque chose et parce que cela forme un tout, mais ces bras qui retombent sans force sont plus proches de ceux d'un Mauriac que, par exemple, de celui qui se voudra toujours l'insurgé, même adulte accompli : Jules Vallès.


Mais je me laisse aller.


Autre citation. Tout le poème-chanson mériterait d'être cité. Je me contenterait toutefois de la première et de la dernière strophe.

Monsieur le Président,
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps.

[...]

Si vous me poursuivez,
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurais pas d'arme
Et qu'ils pourront tirer.
Et que faudrait-il faire ? ( II,8 )

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Message par Aragathis » 14 sept. 2008, 03:07

De qui est-ce?

Une très connue, je ne citerai même pas le nom de l'auteur, vous le connaissez tous :wink: !

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


Connue, certes, mais toujours aussi forte.
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Message par Aragathis » 15 sept. 2008, 19:15

Je suis d'accord. Dans la version originale, on sentait que le narrateur était poussé à bout, prêt à toutes les extrémités. Dans la correction, on sent qu'il est désespéré, et même qu'il attend la mort comme une libération. Cette nuance est plus belle que l'autre, à mon goût.


Edit : correction
Modifié en dernier par Aragathis le 16 sept. 2008, 20:15, modifié 1 fois.
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Message par Aragathis » 16 sept. 2008, 20:15

Ouuuups honte sur moi :oops: voilà ce que c'est la frappe trop rapide ! J'édite ça tout de suite.
Ainsi parlait Aragathis.

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Message par hsdcdb » 17 sept. 2008, 20:34

Captain Boney Boone a écrit :
La version originale du texte, qui a été changé pour raisons de censure, dirons-nous, finissait par :
Si vous me poursuivez,
Prévenez vos gendarmes
Que j'emporte des armes
Et que je sais tirer.
Cela la rendait moins belle, je trouve.
Ce n'est pas exactement pour des raisons de censure (puisque cette chanson de Boris Vian écrite pendant la Guerre d'Algérie resta censurée quand même pendant de très longues années), mais c'est sur le conseil avisé de Claude Nougaro, militant pacifiste de longue date.

Et, en effet, la seconde version est beaucoup plus forte dans sa retenue et son sacrifice désespéré qui moque la puissance impuissante des "gens d'armes".



Autre citation qui me plaît beaucoup :

Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitant.

Beaumarchais, Le mariage de Figaro
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Message par Aragathis » 17 sept. 2008, 21:10

"On commença à fusiller les troupiers pour leur remonter le moral"

(Céline, Le voyage au bout de la nuit)
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Message par hsdcdb » 20 sept. 2008, 16:31

Une nouvelle fois, Captain, je vous remercie de corriger mes erreurs.

L'on ne prête qu'aux riches, dit le proverbe, et dans ma précipitation, je ne suis pas allé jusqu'à vérifier le détail de mon propos. Je me suis donc de nouveau fourvoyé. Je me casse la gueule en beauté et je ramasse mes dents.



Je poursuis les citations. De mémoire, puisque lue il y a une dizaine d'années, mais elle hante mon quotidien depuis ce jour. J'ai oublié de quelle aventure du commissaire San-Antonio est extraite cette phrase, mais je sais qu'elle en est la dernière. Ou quand l'on v(o)it que le délire verbal du héros de Frédéric Dard n'exclut pas des instants poignants.

J'ai mis les essuie-glaces. Y a maldonne les gars, c'est pas dehors qu'il pleuvait.
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Message par Aragathis » 21 sept. 2008, 11:53

"L'homme est divin;
Dieu n'avait fait que l'eau, mais l'homme a fait le vin." (Victor Hugo)


"Le jour où on a réalisé tous ses rêves, on est le plus heureux des hommes. Mais le lendemain?"
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Message par zvehee » 28 sept. 2008, 16:36

hsdcdb a écrit :
Captain Boney Boone a écrit :
La version originale du texte, qui a été changé pour raisons de censure, dirons-nous, finissait par :
Si vous me poursuivez,
Prévenez vos gendarmes
Que j'emporte des armes
Et que je sais tirer.
Cela la rendait moins belle, je trouve.
Ce n'est pas exactement pour des raisons de censure (puisque cette chanson de Boris Vian écrite pendant la Guerre d'Algérie resta censurée quand même pendant de très longues années), mais c'est sur le conseil avisé de Claude Nougaro, militant pacifiste de longue date.

Et, en effet, la seconde version est beaucoup plus forte dans sa retenue et son sacrifice désespéré qui moque la puissance impuissante des "gens d'armes".
Je ne suis pas d'accord !
La première version me plaît beaucoup plus, car on y voit que l'auteur s'implique totalement dans le conflit, et qu'il est prêt à s'opposer par la force à une autorité qu'il réprouve, au lieu d'attendre la mort comme une chochotte ! (bon, là je me lâche :wink: )
Sacrifice désespéré ? sacrifice inutile, plutôt...

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