Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

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Modérateurs : hsdcdb, Aragathis

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Aragathis
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

N'oublie pas ce que disait la jeune Colombe, assistante médicale à l'hospice des Trois Crapauds, au vieux grabataire dont elle avait la charge : "Bave tant que tu veux, vieillard, je m'en fous : j'ai du savon".
Ainsi parlait Aragathis.

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Aragathis
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

Fumier :clapping: .
Ainsi parlait Aragathis.

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kervin
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par kervin »

Capitaine, éclaire moi quant à ce sonnet impair, je ne le connais point.
"Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton." Gaston Bachelard.

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Aragathis
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

Vaine clepsydre

Entends-tu cet affreux gouttement dans ton crâne ?
Perçois-tu l’angoissant grincement de tes os ?
Auras-tu vu à temps la poussière diaphane
Qui filtre dans ton cœur comme un funèbre oiseau ?

Comprends-tu que ta vie se remplit de décès,
De messes, de tombeaux, de pleurs, de funérailles ?
Apprends-tu d’expérience à penser ce que c’est
Que de lâcher le lien au-dessus de la faille ?

Écoute le cadran de ton horloge noire :
L’aiguille est la Cassandre ignorée de chacun,
De qui avant longtemps viendra le désespoir
Sur tes pensées gelées, en éternel refrain.
Ainsi parlait Aragathis.

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Aragathis
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

Après cette rasade de vin piquant et rosé, desservi avec brio par Boney, je me permets de payer ma tournée de digestif.

D’ébène et de sang

Au coin de la tablée, poursuite du repas,
Observe le plateau veiné de noir et blanc :
Le roi côtoie la tour, entouré de soldats,
Voyant venir sa mort en quelques coups trop lents.

L’ombre sur sa couronne est teintée d’écarlate :
La lumière est filtrée par le carmin du vin
Dans ces verres légers de cristal, où éclate
En traits clairs de vitraux le soleil qui s’éteint.

Regarde la bouteille auprès de ces deux coupes :
Le sang qu’elle contient touche bientôt le fond.
Qu’importe le vainqueur : le vide dans les troupes
Sera tôt éclipsé par celui du flacon ;

Je te ressers, l’ami ?
Ainsi parlait Aragathis.

Poupi
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Poupi »

Pas mal.
Je pense que tu aurais pu le tourner de façon à ce qu'on ne sache pas au début qu'il s'agit d'un jeu, et qu'on le découvre à la fin (le sonnet doit généralement avoir un effet de chute).

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Yelti
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Yelti »

Autant avouer mon crime : je t'ai séduite en me faisant passer pour le bel homme que je ne suis plus. Je suis un mensonge avec deux jambes qui battent le pavé et deux bras qui battent l'air et accrochent la chair dans leur chute.




J'ai froid mon amour j'ai froid
J'ai passé la journée contre le radiateur

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personne
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par personne »

Oh ! des poètes ! je ne résiste pas à l'envie de vous jetez l'un des miens, avec modestie.

Les habitants de la terre ont cessé d'être terriens pour devenir terrorisés. La peur nous gagne, elle domine tout. Nous sombrons, nous nous éteignons, nous nous taisons. Voyez les informations, tout ne communique plus que de la peur. Notre monde est de peur. Je m'efforce de quitter ce monde. mais parfois, parfois...


Parfois le silence est si profond
Qu'on se noie
Et l'on ne remonte pas.

Alors parmi les faibles on monte le son,
Et les voix
Cassent en nous tous les tracas.

Parfois la noirceur est comme un bond,
Je ne vois
Que les images entassées.

Alors parmi les fous nous tous allumons
De la joie
Pour chasser notre passé.
J'aime être la bonne personne au mauvais endroit et la mauvaise personne au bon endroit.

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Hermine_danse
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Hermine_danse »

Vie
Devant mes yeux, les tiens
Qui regardent, interrogent les miens
Qui suis-je ? Et toi ? M'aimes-tu ?
Petit bout de vie qui remue,
Gazouille, pleure, rit !
Ton existence a changé ma vie,
Un rayon de lumière,
Arc-en-ciel, éphémère ?
Non. Tu es aimé, choisi, voulu,
Et ta vie est liée à la mienne
Tu partira bien entendu,
Mais ma vie sera toujours tienne.
« Le savoir vivre, c'est de savoir être fou
Assis, debout, à jeun ou ivre, on [peut] danser n'importe où »
~Lynda Lemay - l'enfant aux cheveux gris

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Battologio
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Battologio »

Les étoiles
Et les tambourins
La joie, la nuit, la peur
Plus rien.

Tous tes personnages
Mille histoires pour dix visages
Sont morts.

Le soir on entend encore
La musique
Qui fuse encore
Frénétique
Qui brise encore
Le silence
Et peu à peu le laisse
Reprendre le dessous

J'étais fou
Je suis fou

Qu'est-ce qu'un fou ?
Un homme allant vers
Nulle part
"Le savoir, n'est-ce pas, est un bien précieux. Trop précieux pour ne pas être partagé !" (Battologio d'Epanalepse, VII, 14, 5)

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personne
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par personne »

Les Voyants

J'ai bien souvent cru aller vers quelque part,
Quelle erreur ! Quel enfer ! C'est l'horreur de ce phare !
Il nous a éblouit, nous, marins des amarres !
Marins silencieux ! Marins des faux-départs !

Mais quand la nuit n'est plus, quand l'aube est apparue,
Nous avons constaté, Ô pauvres incongrus,
Que nous étions figés ! Notre colère accrue,
Nous avons délaissé ce que nous avions cru.

Délaissée, notre amarre ! Eloignées, nos colères !
Et plein de volonté, nous partons par la mer
Pour attraper le sens de la vie éphémère,
Ainsi nous renaissons, heureux seront les hères !
J'aime être la bonne personne au mauvais endroit et la mauvaise personne au bon endroit.

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Yelti
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Message par Yelti »

Un poème que j'avais oublié avoir écrit, un poème datant d'octobre, un des derniers d'avant la Grande Sécheresse.

A mes compagnons échus sur ce rivage asséché, en espérant un tout petit peu que nous ayons été les uns pour les autres plus que les meubles de nos solitudes.

Dans ma chambre, il y a des choses à faire que je ne ferai pas.

Dans mon armoire, entre le sel et la brioche il y a des livres à lire que je ne lirai pas.

Sur mon bureau, il y a des poèmes à écrire je n’écrirai pas.

Patience ! Même si les jours froids d’octobre recolorient mon intérieur en blanc pâle, il n’est pas encore assez chauffé pour vous être donné comme le pain qu’on rompt.

Dans ma chambre, il y a une fenêtre sur les jours froids d’octobre, c’est un observatoire.
Le cœur et les coudes contre le radiateur, le cœur dirigé vers vous, fidèle à mon poste, je regarde avec intérêt ce qui n’est pas visible et ce qui bouge, et j’invente des joues froides.
Si vous avez des choses à faire que vous ne ferez pas, s’il fait trop froid pour sortir, alors continuez à me lire sans regret, le cœur contre le radiateur, vos joues froides données à mes mains

et un autre, recomposé de miettes poétiques laissées çà et là :


PHRASES

La couette jaune faisait autour de lui comme une mer agitée à la douceur apaisante.
* * *
D’habitude il détestait s’endormir, c’était pour lui comme se tuer.
* * *
Il fit le vœu de ne plus dormir deux fois de suite dans le même lit.
* * *
Lire un roman, c’est agrandir le monde de quelque semaines de pages.
* * *
Ils disent que le Bonheur n’existe pas, je l’ai connu.
C’est ces moments que même la pensée de la mort ne peut ombrager, et même, elle ne les rend que plus intense, plus piquants, plus dorés.
* * *
C’était une écharpe colorée, rouge surtout. La repliant avec méthode, André regarda son reflet une dernière fois, sans le défier. Puis il noua l’écharpe autour de ses yeux et ne pu plus voir la nouvelle beauté qu’il venait d’acquérir.
Il fut surpris de l’efficacité du bandage, le noir était total. Il serra le nœud, encore, sans violence. La laine contre ses orbites était incroyablement douce.
Il réajusta l’écharpe, découvrant la majeure partie de son nez. Aux autres yeux il était désormais aveugle et personne ne devrait découvrir la supercherie. Il était désormais beau.
Il se dirigea vers le fauteuil pour s’y asseoir, marcher était une autre sorte d’aventure à présent. Il avait le sentiment d’être immense et de se déplacer en apesanteur.
Dans les bras du fauteuil il éprouva vivement ce sentiment qu’il croyait lui être devenu définitivement étranger, le soulagement du pécheur repenti.

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Aragathis
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Aragathis »

J'aime beaucoup le paragraphe de l'écharpe rouge et aveugle. Tu comptes le mettre dans ton corpus, j'espère ?


Sinon, voici mon dernier (premier poème après une grande sécheresse) :

Dans les trains sans couleur où l’ennui se déploie,
Où je gis à côté d’un siège inoccupé
- Ou, pire, habité par un autre qui s’emploie
À m’imposer en vain sa présence empruntée ;

Sur le banc étudiant couvert de plus d’Histoire
Que le cuistre à l’estrade ou le livre savant,
Vêtu pour un matin, sans but et sans espoir,
De mes notes serrées ou mes coudes rêvant ;

Au fin fond de mes draps et de mes insomnies,
Englouti de noirceur et déchiré soudain
Par l’éveil qui m’arrache hors de mes rêveries
Et brûle mes poumons d’un rire de dédain ;

Où que traînent mes pas et ma conscience roide,
Quoi que disent mes yeux ou prétende ma voix,
J’ai à l’âme et au cœur, comme une pointe froide,
Le sentiment aigu d’avoir besoin de toi.

Ton visage envahit alors ma vision,
Eclairé du regard de la femme qui aime,
Puis glisse entre mes doigts comme la partition
Sanglotant sans cahot d’un air de requiem.
Ainsi parlait Aragathis.

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kervin
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par kervin »

PHRASES est très bon. J'aime beaucoup ce décousu.
Le Renard a écrit : Sur le banc étudiant couvert de plus d’Histoire
Que le cuistre à l’estrade ou le livre savant,
Vêtu pour un matin, sans but et sans espoir,
De mes notes serrées ou mes coudes rêvant ;
Beau ça.
"Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton." Gaston Bachelard.

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Battologio
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Re: Au Chat Rimaillant (Proses et vers pour l'Univers)

Message par Battologio »

Deux petits textes :

***

Entre les grains du sable crissant blanc se levait la carcasse d'une barque éclatée.
Corps noir, charogne douce, elle était comme un phare, un phare en négatif, éclat sombre le jour et s'estompant la nuit. Petit squelette ligneux devenu sublime en même temps qu'inutile.
Elle était là, cadavre fragmenté ivre de sel et du néant de l'abysse. Nous y montions pour voir passer, au-dessus de nous, les comètes.


***

A-pic vertigineux des vallées cristallines
Lame au fil entropique et aux sommets tranchants
Pente lisse et fatale où les arêtes fines
Font un jour fragmenté d'éclats étincelants

Des miettes acérées répandues et qu'obombre
Une chaîne insolente et sinistre et glaciale
Épand de sa hauteur une flaque plus sombre
Sur les plis déformés d'une blancheur nuptiale

Dessous la plaine blanche est teintée d'incarnat
D'un flot rouge le champ de neige est maculé
Sous les pics de cristal est un bassin grenat
C'est un verre de vin brisé.
"Le savoir, n'est-ce pas, est un bien précieux. Trop précieux pour ne pas être partagé !" (Battologio d'Epanalepse, VII, 14, 5)

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